Gabriele Basilico, Non recensiti

Gabriele Basilico, Non recensiti

Gabriele Basilico voulait devenir à l’origine plus architecte que photographe. Avec un groupe d’amis architectes, il monta vaste projet de documentation de la scène alternative de la jeunesse, et il collabora également au tournage du film Proletariato giovanile présenté à Venise lors à la nouvelle Biennale d’architecture. Il continue à prendre des photographies de et à Milan, des quartiers en croissance de la ville, ses périphéries. Il commence également à accepter des commandes professionnelles. Il se retrouve à Rimini pour un projet sur le Grand Hôtel, avec Maurizio Zanuso.

Il y rencontre un certain nombre d’artistes se produisant dans la discothèque voisine connue (« Lady Godiva »). Il photographie leurs spectacles et lorsqu’ils sortent de la boîte de nuit. C’est l’embryon d’un projet tout en prenant aussi des photos dans des théâtres de revue et des strip-teases. Ce sujet n’est familier à Basilico mais il suit de tels spectacles, traîne dans les coulisses et les loges où les artistes se préparent. Il crée alors des portraits des artistes changeant vêtements et accessoires et prenant la pose, regardant son objectif. Le photographe explique aux filles – nues ou en bikinis étincelants – qu’il prend des photos d’architecture, jouant mensonge et réalité, et qu’il travaille sur une enquête sur les usines milanaises…

Mais les filles lui montrent une complicité. Il photographe également les artistes, les présentateurs, les comédiens, « Rodney » le professeur de danse, les hommes qui construisent les accessoires de scène, les caissiers, le mobilier et les costumes. Zanuso, impliqué dans la conception graphique, crée la maquette d’un livre dont ils discutent avec l’éditeur. Mais le projet se heurte à un mur. Le livre n’est pas été publié et la maquette de Non recensiti est rangée dans une boîte à chaussures puis oubliée.

« Milan. Ritratti di fabbriche » est présenté au Padiglione d’Arte Contemporanea en 1983. L’événement impose une orientation permanente à l’œuvre de Basilico : les villes et les métropoles seront son unique champ de préoccupation. Pendant un moment, Lady Godiva, Il Teatrino et Lo Smeraldo ne resteront plus qu’un sujet de conversation passager. Et puis tout le monde l’a complètement oublié. Basilico a déménagé et ses maquettes de Non recensiti ont disparu mais des boîtes Agfa avec les tirages réalisés à l’époque sont retrouvées dans le garage avec les vélos.

En 2020, la maison d’édition Humboldt Books a entendu entendu parler de Non recensiti et l’ouvrage premier refait surface. Il existe quelque chose de magique dans cette découverte imprévue. Aucune trace des négatifs, mais au moins la maquette a réapparu. Andrea Elia Zanini fouille dans le garage, déterre les cartons avec les tirages originaux, effectue les numérisations nécessaires et donne forme et ordre à la matière de ce livre. Celui-ci souligne les différences entre réalité et fiction, vérité et mensonge. Basilico qui conclut la séquence d’images de ce livre contribue à l’impossibilité de distinguer le vrai du faux, l’improbable du probable. Mais dans ce livre, il est impossible de croire à une telle magie. Et c’est une exception.

jean-paul gavard-perret

Gabriele Basilico, Non recensiti, Humboldt Books, 22,5 x 26,2 cm, 2025, 112 p. – 25,00 €.

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