Murielle Compère-Demarcy, Louve, y es-tu ?

Murielle Compère-Demarcy, Louve, y es-tu ?

Le langage est ici une forme fluide : cela s’oublie tant il coule sans trop s’arrêter. Fuite d’inspiration peut-être ? L’ironie s’y infuse parfois mais n’ouvre pas l’écluse. Ici, la désinvolture à la base de la comptine « Loup, y es-tu ? » , avec une transformation de genre (la louve plutôt que le loup…), ignore ses cassures mais qu’importe ses cassure ou son dessein parce que rien ne passe.

L’auteure déploie et étale son intelligence en rien artificielle mais non sans artifices. Une telle faculté ceinture toute ce qui échappe. Un certain orgueil s’intéresse bien peu à la « viande » chère à Artaud. Intellectuelle par essence, Murielle Compère-Demarcy développe l’importance et le bien-fondé de ce qu’elle pense Elle impose l’esprit au corps. Si bien que ce qui ne se pense pas (à savoir les ravages de l’inconscient) reste en marge. Tout se dit de manière ceinturée. Reste ici le travail de sa personne – non la personne elle-même – soit-elle louve ou loup).

Sous prétexte de feinte de fantaisie, la réflexion et ses effets d’écriture oublient la profondeur de l’intime. C‘est une façon de cultiver un certain tire-larigot – à savoir moins de tenir les jambes ouvertes que pénétrer le signifiant au signifié. Loin de l’effet tenant la cause, la subversion du désir n’est pas et ignore le plein bock du plaisir. Selon Parménide ou Sade, il faut toujours regarder quand un corps s’enroule autour d’un autre. Mais une telle auteure ignore ce qui phagocyte la raison. Elle y soutient moins ce qu’il en est de la jouissance ou de son « pas tout » (Lacan). Bref, elle ne symbolise qu’une comédie légère de la substance humaine et ses mystères.


jean-paul gavard-perret


Murielle Compère-Demarcy, Louve, y es-tu ? , Editions Douro, coll. Poésies au Présent, Chaumont, 2023, 86 p. -17,00 €.

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