Murielle Compère-Demarcy & Jacques Cauda, L’IA sur le ring
La reine nue et le prince papillon
L’invasion de l’I.A. totalitaire sert ici à engendrer une morale. Muriel Compère-Demarcy rappelle que toute créativité et tous les métiers sont subsumés par une « mécanique » du virtuel qui remplace traduction, inventivité, singularité créative non formatée. Jouant les femmes savantes avec bien du retard, l’auteure rappelle que le 0 et le 1 de l’ordinateur quantique (et non plus le 0 ou le 1) préfigure une aventure perverse que la reine de la pensée remet en forme avec sa propre Intelligence naturelle.
Elle prétend que la puissance crachée par le nouveau monstre hybride provoque le changement de paradigmes des valeurs essentielles humaines. Mais comme Cauda, l’auteure, au nom de sa raison, son idéologie du philosophiquement correct fait des autres des égarés.
De fait, elle rameute du pareil et du même avec son objectif reculé jusqu’au nom de sa propre écologie punitive. L’élan vital dont elle se vante intègre le multiple et l’un dans cette entreprise qui n’a rien d’original. A l’apparition d’une nouvelle technique numérique qui lui échappe, elle réinstaure ses certitudes sans voir plus au loin de son savoir et de sa culture. Utiliser le recours à Hugo, Chateaubriand et même Cohen ne sert que de loin l’invitation au voyage de l’existence. Ici, la pensée se ferme par les vieilles lectures. Elles servent au mieux de sauvegardes, de dialectiques, de raisonnements, de traits d’esprit.
L’avènement de « l’ Homme révolté » est à retrouver chez Camus. Dans le périmètre de ce roman n’existe qu’une commémoration de la commisération dont n’apparaît qu’un factice répété sans cesse par la littérature dite critique sur un tel sujet. Au sujet de l’I.A., il faut se battre plus avec Antonin Artaud ou Sade qu’avec les billevesées de la princesse du factice. La bienveillance de ses molles spéculations est très loin de perspectives poétiques, loin du ring de l’auteure dont les cordes sont de pauvres balises.
Se voulant la réveillée des vassaux de Impérialiste Artificiel (autre version), l’idéologie de ce roman et son point de vue de scientiste restent tout au plus un oignon dans le pied de l’I.A. La fiction décrit un monde dont nous serions les piétons et les myopes. Mais il faudrait monter la barre tant ce roman n’est pas à la hauteur des formes et profondeurs cachées passées et tues en cette trappe de l’I.A… Quant à Jacques Cauda, il s’est laissé aller pour jouer en cette cours de récréation. A lui la re-création. Dont souvent les images et la pensée détruisent le logos de l’I.A. comprise.
Il aurait bien fallu les gerbes de l’Imagination pour relever le défi intersidéral et ses interstices en assurant que ce roman plus musclé et en profondeur boxerait avec le virtuel pour le mettre K .O.. Ce livre – inspiré par la réalité croissante d’une IA qui investit les cerveaux et leurs pensées jusqu’à mordre leurs initiatives – se veut un garde-fous à la Tech à l’I.A.. dévorante et dévoreuse qui grignote notre intelligence naturelle. Mais avec orgueil et présomption limitée, l’auteure se veut régisseuse des cerveaux humains, trop humains sans dévoiler la puissance cachée de l’I.A. Celle-ci est déjà à des années-lumières des savoirs. Ils sont ici affirmés et écrasés de manière sommaire. Et à l’abri du punch de Cauda attendant un combat plus musclé.
jean-paul gavard-perret
Murielle Compère-Demarcy & Jacques Cauda, L’IA sur le ring, Editions Douro, coll. SF-Fantasy, 2025, 108 p. – 15,00 €.