Murakami Ryû, 1969
A travers ce roman à l’humour subtil et léger, Murakami Ryû noue un lien étroit entre son adolescence et celle de ses lecteurs
1969. Cela pourrait aussi bien être 1968 ou 1970, peu importe. Ce qui compte, c’est qu’en 1969, Murakami Ryû avait 17 ans, qu’il était jeune et qu’il était heureux. C’était le temps du lycée, de la révolte, des filles, de la naissance du désir et de l’amour. C’était le temps où la vie était une fête sans fin, où rien n’était grave, où le monde appartenait à ceux qui le voulaient bien et pour qui rien n’était impossible. C’était en 1969, au Japon, dans une petite ville de province, près d’une base militaire américaine, lorsque les adolescents séchaient les cours pour écouter Led Zep et le Velvet Underground, lorsque la nouvelle vague avait porté Godard jusque dans les têtes des jeunes Japonais, qui lisaient Rimbaud, Verlaine et Genet, et qui se prenaient très au sérieux sans y croire vraiment. C’était aussi le temps où le talent de Murakami Ryû commençait à émerger, à lui sourire, à le guider, avant qu’il ne devienne un grand écrivain, avant qu’il n’écrive Lignes, Kyoko, Melancholia….
En rupture avec le sombre univers de Lignes, Murakami enchante ici son lecteur par l’humour subtil et léger de son roman, par le regard empli de tendresse lucide qu’il porte sur son adolescence, qui, avec ses mots, devient une époque délicieuse, une fête sans fin. A la lecture de 1969 et de ses autres romans, l’on se dit que Murakami est finalement aussi doué pour rêver la vie que pour appréhender sans concession la réalité du monde qui l’entoure. Et c’est peut-être pour cette capacité à rêver « droit » que Murakami est un homme qui a raison d’écrire, simplement parce que ses mots sont justes et que ses livres sont bons. Et il n’a pas besoin d’aborder des sujets graves pour toucher le lecteur, pour lui parler de lui-même et des autres, pour évoquer ensemble des souvenirs qui pourraient presque être communs. Un petit quelque chose suffit à cela. Il lui suffit de parler d’un adolescent japonais au début des années 70 vivant l’enthousiasme de la jeunesse dans une petite ville de province, à côté d’une base militaire américaine, pour que loin de là, de tout cela, dans un autre monde et une autre époque, un dialogue se noue entre l’auteur et son lecteur. Les différences s’estompent et l’adolescence de l’un se rapproche de celle des autres…
Anoter que la traduction de Jean-Christian Bouvier sert fort bien ce petit livre charmant qui n’a d’autre prétention que d’assouvir le simple plaisir d’écrire de son auteur et de donner au lecteur un plaisir de lire tout aussi simple. L’un et l’autre partagent ainsi instants et événements qui, dans un souvenir, peuvent devenir de grands moments.
Joévin Canet
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Murakami Ryû, 1969 (traduit par Jean-Christophe Bouvier), Picquier Poche, 2004, 253 p. – 7,00 €. |
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