Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage
L’univers hospitalier et la maladie vus par les yeux d’un enfant
Romain prépare sa valise pour se rendre à la Maison des parents, une structure organisée pour accueillir les familles d’enfants hospitalisés. Ses parents et lui vont ainsi pouvoir passer plusieurs jours auprès de Justine, sa petite sœur de six ans, atteinte de leucémie.
À la Maison des parents, les repas sont pris en commun et Romain observe des mères déboussolées, des bébés perturbés et des enfants qui s’occupent. Il rencontre une fillette, bavarde et impertinente, qui d’emblée l’assomme de sa logghorée verbale, surtout en ce qui concerne la maladie et les médecins. Romain est plutôt un garçon renfermé qui parle à son chien en plastique et se réfugie dans sa passion pour l’astronomie. Cependant, un dialogue va s’établir entre ces deux êtres si différents.
Par le regard de Romain, on découvre l’hôpital et l’univers qui sera le sien durant une semaine. Et tout est d’une justesse bouleversante : l’odeur qui imprègne la peau, le personnel dont la gaieté semble parfois factice, le médecin qui sourit en tenant des propos difficiles à entendre. Il y a surtout les échanges entre les enfants. Alexia parle de manière autoritaire, presque agressive, de la réalité de la maladie et de la mort. Romain répond en évoquant le voyage de la chienne Laïka dans l’espace, le Big-Bang, les trous noirs et en se rêvant astronaute.
« Le commandant Sénéchal a coupé les moteurs. Il ouvre le cockpit et s’apprête à sortir de l’appareil. Il descend maintenant l’échelle en tenant Laïka dans ses bras. C’est extraordinaire ! Le commandant Romain Sénéchal pose enfin le pied sur le sol martien et prononce ces paroles qui resteront à jamais gravées dans les mémoires : « Ouah ! C’est trop classe !«
Mais ces deux langages qui se heurtent disent la même angoisse et posent d’identiques questions. Sur un sujet aussi grave, Marcus Malte réussit un roman sensible, dénué de pathos, où cohabitent émotion et humour. Si le dénouement ne correspond pas exactement au happy end attendu, l’espoir fait partie du long voyage auquel Romain doit se préparer.
patricia chatel
Marcus Malte, Mon vaisseau te mènera jeudi sur un nuage, coll. « Tempo », Syros, janvier 2011, 128 p. – 5,95 €
À partir de 10 ans.