Hôtel des voyageurs

Hôtel des voyageurs

En 1946, une adolescente de quatorze ans part travailler dans un hôtel du Lot

Nous sommes en 1946 au début de l’été. Après l’enthousiasme marqué qui a suivi la fin de la guerre, les Français ont dû retomber dans une réalité difficile, tout comme les parents de Suzanne qui ne peuvent plus vivre des revenus de leur salon de coiffure. Afin qu’elle soit au minimum nourrie correctement, ils décident d’envoyer leur fille de quatorze ans chez sa tante Antoinette et son oncle Emile, propriétaires d’un hôtel dans le Lot, où les vacanciers reviennent petit à petit.
Sans que l’on ait sollicité son avis, Suzanne se retrouve auprès de personnes qu’elle ne connaît pas vraiment : sa cousine Jackie, une belle jeune fille très moqueuse, qu’elle doit aider pour le ménage, la préparation des repas ou le service dans les chambres et Marceau, ce petit garçon de cinq ans, obsédé par les voitures, dont ses parents ne lui ont pas parlé. Egalement préposée aux petites courses, elle a l’occasion de bavarder avec quelques habitants de Frayssac : la postière à la langue fielleuse, la vieille dame qui attend toujours le retour de son petit-fils déporté, Jean-Pierre Sagnes, un adolescent de son âge qui porte un fardeau encombrant. Les rumeurs vont bon train, et chaque maison du village de Frayssac semble abriter des secrets inavouables y compris l’Hôtel des voyageurs.

A travers le personnage de Suzanne, adolescente vive et curieuse, le lecteur découvre la vie quotidienne durant une période rarement traitée dans la fiction pour la jeunesse. La guerre est terminée mais le rationnement est toujours d’usage. Il est presque impossible de trouver de l’essence ou un morceau de tissu et le système D est une règle de vie. Le moteur de la machine à laver de Tatanette – une Miele – avait rendu l’âme en 44. On ne l’avait pas pour autant mise à la casse, car il était possible de l’actionner à la main. Oncle Emile avait ôté la courroie et fixé une poignée à la manivelle qui faisait tourner l’agitateur dans le cuveau. Souvent, avant ou après le déjeuner, nous allions prêter main forte à Tatanette, dans la buanderie. La pièce en sous-sol était toujours fraîche et sentait l’iris. Ma tante en parfumait l’eau de cendres qui remplaçait la lessive.
L’adolescente va également prendre conscience des conséquences de la guerre sur les individus : mensonges, lâchetés, trahisons et voir ressurgir un épisode tragique qui a brisé la vie de plusieurs personnes. Si les dénouements des nombreux mystères qui jalonnent ce roman, sont un peu trop heureux pour paraître crédibles, l’ensemble de l’histoire est habilement ficelé et propre à passionner les lectrices de dix à quatorze ans.

patricia chatel

Marie-Agnès Vermande-Lherm, Hôtel des voyageurs, Flammarion jeunesse, février 2011, 128 p. – 5,00 €.
Dès 10 ans.

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