Mina Loy, Insel

Mina Loy, Insel

Je est l’autre

La figure emblématique des avant-gardes que Insel est censée présenter comme étrange était une épigone dont Mina Loy s’empare. Elle a choisi pour ce roman une vision chirurgicale afin d’incarner les gouffres du personnage.
Elle imagine une certaine folie à cet homme qui devient une forme de double. Froid et incarné comme fou et peintre plus ou moins surréaliste « qui n’avait rien à se mettre sous la dent et cherchait à peindre pour s’acheter un dentier », empreint de la cruauté et apparemment M.  Loy ne lui fait pas de cadeaux.

Parfois, son héros recouvre une certaine bonne humeur même si l’auteure se révèle pugnace dans l’histoire par ses mots. Mais par une écriture résolument féministe en tant que personnelle et de parti-pris, elle retourne son personnage et lui donne au besoin naissance même hors saison. L’auteure est donc plus « en reste » que son personnage.
On aurait pu s’attendre à mieux. Et cela est confirmé là où l’auteure feint de sauver la mise du personnage, parfois avec un certain vérisme, parfois avec des images plus esthétiques mais non convenues. L’ensemble reste disparate. Plus resserré, il aurait gagné en force mais la propension romanesque demeure impénétrable, énigmatique .

La femme (narratrice) s’en tire mieux que son personnage. Pour marteler de manière paradoxale cette vision particulière, tout se passe comme si Mina Loy éliminait l’image solaire et ne négligeait rien de ce qui peut contribuer à discréditer Insel et creuser des trous noirs afin que résonnent des abîmes insondables .
La créatrice engagée porte le langage à une limite musicale où surgit un monde en noir où ne subsistent  que quelques indices.  Elle prend à contre-pied tout ce qu’on attend généralement d’une image. Ce qui en jaillit n’ouvre qu’à un au-delà ou à un en-deçà du personnage au moment où un tel héros semble échapper à ce qu’il agite en de perpétuels décalages. Dans le genre, c’est pas mal.

jean-paul gavard-perret

Mina Loy, Insel, traduit de l’anglais et présenté par Olivier Apert, éditions Nous, Caen, 2024, 220 p. – 24,00 €.

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