Michel Potage, Avant-jour

Michel Potage, Avant-jour

Soupe cosmique de Michel Potage

Pour beaucoup, Michel Potage est mauvais peintre et méchant homme. Il reste de fait un grand seigneur, montreur d’ours à sa manière. Jouant entre le plein et la vide, il reste un des « cochons qui s’amusent » (sérieusement) sur le fumier de l’art » (Gerhard Richter).
Il n’a cessé de le remuer au sein même d’une expérience traumatique dont il ne dit rien.

Qu’importe si les portes n’existent pas, Potage a toujours quitté les opinions communes sur l’art. Il abandonna par exemple la performance lorsqu’elle devint « élément de langage » pour revenir à la « peinture-peinture ».
Considéré comme un faiseur de tort, il est toujours juste, vrai, sans refoulement.

Sa vie et son œuvre restent un voyage étrange : elles ne produisent pas forcément du réel mais découvrent les bases vivantes d’une « science philosophale » propre à désenclaver, arracher, renverser jusqu’aux « arbres » qu’elle propose.
Rien d’homogène dans l’œuvre : juste les traces de gestes. Elles ont – entre autres – servi d’accompagnement à plusieurs livres de éditions Fata Morgana qui publient là un texte essentiel de celui qui – picturalement- s’est tu. Il répond à la souillure par l’image. Mais pas n’importe laquelle : « Ce n’est pas tout à fait une image, c’est moi en moi ».

Liée au sol, cette image est vibrante de réalité quasi magique. L’artiste n’a cherché qu’à en rallumer le jeu jusqu’à se brûler. Artaud n’est jamais loin – pas le « fou », le poète.

jean-paul gavard-perret

Michel Potage, Avant-jour, Editions Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2022, 80 p. – 15,00 €.

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