Mes moires de l’eau

Mes moires de l’eau

L’eau n’a pas de mémoire, l’eau ne sait pas si la ville qu’elle baigne s’appelle Venise ou Rome. Mais sa mémoire enrichit la boue, pousse dans les bas-fonds immondes, s’enferme dans les sédiments, se disperse mais ne disparaît pas dans la vase des marais et des lagunes. La mémoire surgit des bas-fonds ou nous encombre à nouveau de ruines submergées, de la confusion des pierres, des débris, des coquillages et autres débris sur lesquels la marée monte.

La mémoire recommence sous l’eau et se découvre l’origine là où l’histoire s’est brisée, là où les choses ont coulé. Les Sirènes inconnues des lagunes sont des divinités féroces qui détestent les traces évidentes, les noms, les siècles, les empires, les villes. Le trophée de leurs prouesses de chasse est déposé dans les crânes et  dans la barbarie des choses traînées sous l’eau. C’est là que grandit le ventre de la lagune. Existe là un mélange dans lequel  il semble impossible de pouvoir découvrir le chef-d’œuvre noyé mais séduisant ni saisir la beauté d’une magnificence en marbre ou en bronze. Tout est saccagé par les Sirènes des lagunes, gardiennes invisibles de ce ventre dans lequel elles-mêmes jettent continuellement des carcasses et des épaves brisées par leurs mâchoires.

jean-paul gavard-perret

Photo Iwase Yogushi

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