Mérédith Le Dez, L’Invention des miroirs

Mérédith Le Dez, L’Invention des miroirs

Les miroirs et leurs doubles

Mérédith Le Dez, romancière subtile et discrètement lyrique, nous apprend la méfiance à accorder aux miroirs. Surtout peut-être lorsqu’ils sont inventés. L’imaginaire devient leurs nombreuses faces si bien que s’y regarder est sans doute s’y perdre. La narratrice en incarne la parfaite image. Même si elle peut déceler sa vie éclatée et sa psyché, quitte parfois ici à s’identifier dans son passé à une jeune fille.

Dans les reflets ou jeux de miroir de cette fiction aux profondes clartés non sans magie, le présent reste plus incertain que le passé. En ce sens, ce dernier demeure presque reposant… Mais la présence de l’écriture prouve combien et comment Mérédith Le Dez est poète plus que théoricienne du roman. Elle devient précieuse et insolente praticienne et laisse apparaître divers états découverts lors des pérégrinations de sa narratrice. Tout s’y mélange sans mise en scène forcée. Avec son  attention habile  et son courant poétique, l’auteure  laisse jointoyer ou onduler ce qui dans une existence n’est pas préméditée.

Sans l’apparence désinvolture de celles qui shootent en instantanés lq réalité, Meredith Le Dez s’inscrit dans une vocation esthétique, sophistiquée et réfléchie pour faire parler le silence des âmes et leurs profondeurs cachées. Mais les corps leur donnent refuge tout autant. Pour preuve, la  narratrice Laurence Métis (la presque bien nommée de manière lacanienne)  s’est battue avec un traumatisme et vit la symphonie de ses jours en secondes et en tierces quel que soit son sujet : autoportraits, portraits, paysages, objets.

Dans un tel corpus, la belle écriture crée une dénudation qui déplace les lignes de l’existence. Mais ce qui est écrit n’a rien d’exhibitionniste. Pour  l’héroïne-narratrice, la vie tient parfois à l’approximatif, au doute et aussi à un certain espoir (du moins à la lectrice ou lecteur de le supposer…). Mais l’obsession du temps reste encore centrale là où une sorte de voile ouvre ou ferme ce qui peut arriver. « Patiente, patiente ma fille » est-il écrit dans certaines légendes. Mais ici le conte est dit.

jean-paul gavard-perret

Mérédith Le Lez, L’Invention des miroirs, éditions des femmes, Antoinette Fouque, 2025, ,207 p. – 18,00 €.

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