Matthieu Gosztola, Tu es et je voudrais être arbre aussi
La « Disparition » est la condition insécable à la condition humaine Avec le temps, celle-là est de plus en plus plurielle. Néanmoins, « Les arbres, leur lumière dense restent, pour que nous cheminions ». Comme demeure la poésie qui s’adresse aux aimé(e)s et qui est écrite pour que nous les rejoignons.
Il s’agit de sentir leur présence, de les retenir au-delà du temps par effet de présent. La poésie est donc une question de chaleur qui n’est pas seulement ambiante. Elle est l’appel renouvelé au fait d’être vivant, elle est hommage à l’existence de l’autre. Même si dans l’écriture demeure l’égoïsme d’un rempli sur soi. C’est le passage obligé fait de solitude, de silence, de présence « in abstentia ». Il altère sans doute ce partage mais comment procéder autrement ?
Matthieu Gosztola précise ici ce repli qui inaugure un passage afin que les mots qui se dérobent soient, étant trouvés, les plus justes. Ils se découvrent peu à peu par le « long et lent exercice d’imbécillité » dont parle Novarina au moment où l’œuvre s’empare de celui qui croit y régner en maître. La vieillesse à ce titre est bonne conseillère : elle apprend la sagesse de l’ignorance. C’est au moment où les choses nous quittent que le sens de la réalité devient plus ajusté jusque dans ce qui fut pris naguère pour des marges. Celles d’une altérité qui est centre.
Peu à peu, la focale s’ajuste : la prétendue myopie est une accommodation plus pertinente pour atteindre l’aveu. Il n’est plus alors un simple effet de « style » à la Eluard mais la formulation d’une certaine immuabilité au sein même du temps. C’est pourquoi dans ce livre « l’arbre » est si important. Il s’agit de « symboliser » (et bien plus) ce qui fige en demeurant vivant et qui donne un corps mémorable à la fois en et sans échappatoire au flux du temps. Finalement, tout deviendrait compact et contemporain dans une condition d’égalité où rêver semblerait hors propos, ni utile, ni nécessaire. C’est peut-être une des ambitions les plus grandes de la poésie.
jean-paul gavard-perret
Matthieu Gosztola, Tu es et je voudrais être arbre aussi, éditions Sitaudis, Vallauris, 2017.
