Mathilde Ribot, Un siècle de femmes
Ce livre répond à une question majeure : qu’est-ce qu’être une femme dans un petit village rural avant la Grande Guerre, puis dans les décennies suivantes et enfin dans la grande modernité ?
Au lieu de l’ascension escomptée d’un temps à l’autre et vers une libération féminine programmée, l’égalité prévue ou espérée mène les héroïnes (Émilienne, Colette et Nathalie) de ce livre vers une aliénation plus subtile et plus radicale.
Sous prétexte d’ouverture du « deuxième sexe » à une émancipation, bien des portes de fermes se ferment en des « jeux » de captages plus ou moins pervers. Et plutôt plus que moins.
Droit de vote, droit d’inscription à l’université, droit d’exercer une activité professionnelle sans le consentement de son mari, droit de gérer son compte bancaire, contraception, autorité parentale conjointe, avortement, sous couvert de liberté conquise, restent souvent des cache-misère.
Dans un petit village des Landes, les héroïnes bien réelles égrènent leur vie entre courage et résignation. Certes, une révolution est en marche mais la mise sous tutelle des femmes, autrefois inscrite au cœur du Code civil, laisse la place à une servitude plus subtile et plus radicale.
Entre autres et pour le plus grand bonheur du marché, l’affirmation de soi et de ses désirs deviennent des credos qui font basculer vers un monde peut-être encore plus absurde pour les femmes qui espéraient trouver le salut.
jean-paul gavard-perret
Mathilde Ribot, Un siècle de femmes, L’Atelier contemporain, Strasbourg, 2023, 160 p. – 20,00 €.
