Martine Roffinella, Petites morts à péage

Martine Roffinella, Petites morts à péage

Martine Roffinella continue ici à explorer les failles humaines, le tout en fusionnant « fond » et « forme »  pour l’acmé d’une littérature iconoclaste des modes et diktats. Avec Petites morts à péage, elle innove dans son œuvre avec un recueil de nouvelles d’humour et de tendresse envers un personnage masculin – ce qui est rare rare chez elle.

Un des personnage semble tout à fait embarrassé de son sexe ; et l’auteure fait de cette présence gênante une fiction drolatique et surprenante. Pour preuve : « Quand j’ai vu arriver ce type au péage d’A., je lui ai tout de suite trouvé une tête d’anus », dit un des protagonistes. Tout devient corrosif, désopilant  au péage de la ville d’A. Des hommes (ou leur caricature de diables plus que d’anges) tentent de mesurer leur puissance sexuelle, puisque forcément tout se joue en-dessous de la ceinture là où souvent « popaul se raidit ». C’est parole d’Evangile. Enfin presque. D’autant que, faute de petite mort, seuls quand ils seront cadavres leur membre se raidira.

Les certitudes déraillent dans un tel Péage où il faut régler divers types de pénétrations (et parfois de décharges plus ou moins ratées même si la voie semble impeccable…). Mais, pour les mecs à nique, les intrigues sont bien relativisées et par le genre de la nouvelle, tout commence à la déconstruction de leurs récits et leurs déambulations, aussi bien physiques que mentales.

Les portraits de protagonistes se construisent en creux et reliefs, ombres et lumières. Ils forment un puzzle dont l’assemblage passe aussi par des personnages secondaires qui, en prenant la parole, parlent d’eux mais aussi des femmes – qu’elles soient premières ou dernières : amours, mères, patronnes, clientes, voisines, amies, « femmes de »…

Cela permet de saisir la complexité et la justesse psychologiques reflétées par la syntaxe à l’aide des parenthèses, du mélange de narration et des rapport entre pensées et paroles. C’est là atteindre une richesse que Martine Roffinella cherche – et avec humour jusqu’à s’en repaître – afin d’exprimer un aéropage de personnages : soit, non de prêcher des doctrines ou slogans mais, de facto (ou presque),  de chanter les louanges et les infortunes de saint Popaul. 

Martine Roffinella, Petites morts à péage, Tinbad, Paris, 2025, 92 p. – 18,00 €.

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