Martin Winckler, Camisoles
Le juge Watteau revient poursuivre ses investigations dans la bonne vieille ville de Tourmens.
Martin Winckler a entamé ses périples noirs dans la fameuse série du « Poulpe », avec Touche pas à mes deux seins. Déjà, à l’époque, l’action se situait dans la tumultueuse ville de Tourmens où les médecins meurent comme les fourmis sous une semelle enragée. Et l’on y trouvait le fameux Bruno Sachs de la non moins fameuse maladie, ainsi que Jean Watteau, un juge d’instruction bien campé sur ses deux pieds.
Et l’équilibre, c’est ce qu’il y a de plus important dans la vie. Équilibre mental mais aussi physique. Si du point de vue mental, rien ne semble troubler la quiétude de notre juge, un odieux escalier et la vue d’un notable assassiné en sa demeure se chargent de bouleverser son tran-tran quotidien. Armé de béquilles, et souffrant de démangeaisons putrides sous un plâtre qui reste la seule chose immaculée dans cette bonne vieille ville de Tourmens, notre juge se voit obligé de cesser toutes affaires en cours. Et c’est bien dommage, car la même nuit, et quasi simultanément, deux personnes ont trouvé la mort, dont un haut fonctionnaire de la santé, le Dr Derec. Mais qu’à cela ne tienne. Dans un futur proche – l’enquête débute en effet en 2007 – le juge suivra les pas de sa consœur grâce à une oreillette et à un ordinateur relié à Internet.
Pendant ce temps, dans une clinique un peu spéciale, espèce d’hôpital psychiatrique pour professionnels de la santé déséquilibrés, le docteur Charly Lhombre – à ne pas confondre avec l’autre Charly, Mons, celui de Touche pas à mes deux seins – découvre ce qui semble être un gigantesque laboratoire expérimental aux mains du Dr Schillinger, un embryon d’obsédé sexuel. Au centre « La Fontaine », les recherches de WOPharma ne sont pas tout à fait fiables. Mais qu’importe, l’intérêt national avant tout. Et le progrès se conjugue avec la pose d’une puce aidant à gérer la posologie des médicaments. L’ennui est que la piste criminelle semble converger vers le centre. Alors que la BR enquête, en étroite collaboration avec le juge Watteau, sa mère, Claude de Lermignac, est persuadée que la présentatrice de Ça nous regarde ! a été assassinée par la psy de l’émission qui était, de toute évidence, sa petite amie. Elle va jouer avec son meilleur ami au couple octogénaire enquêteur.
La trame est posée, elle est plutôt classique. Avec un final digne d’Agatha Christie, on ne peut pas dire qu’on sorte des sentiers battus. Tout est expliqué à la fin. Aussi bien les réflexions du juge Watteau que les faits et gestes de la psy assassine qui raconte, elle-même, comment elle en est arrivée là. Comme à son habitude, Martin Winckler propose un monde où les multinationales pharmaceutiques avancent leurs pions sans respect pour le droit humain. Et certains faits exposés sont troublants. Ainsi, à la fin de son récit, Martin Winckler rapporte deux articles du Code de la Santé Publique qui font froid aux yeux. Comme à son habitude, Martin Winckler propose tout un échantillonnage de séries TV. On connaissait l’attirance de notre auteur pour les séries américaines, il est surprenant de constater que c’est la non-diffusion d’un épisode de Derrick (la série allemande la plus ringarde qui soit) qui poussera Claude et Raoul, nos deux enquêteurs octogénaires, à jouer aux Nick et Nora Charles de l’Introuvable. Charly Lhombre et Jean Watteau promettent déjà de revenir dans Ô, Lourdes ! Ce sera pour le plus grand plaisir des lecteurs, tant le juge est attachant. Et l’on se demande surtout si Charly Lhombre aura enfin le courage de tout plaquer pour la femme de sa vie…
julien védrenne
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Martin Winckler, Camisoles, Fleuve Noir, janvier 2006, 282 p. – 18,50 €. |
