Max Obione, Amin’s blues
Un boxeur minable veut retrouver sa liberté une dernière fois, et part à la rencontre de son destin avec une petite Crevette.
Loin de moi l’envie de comparer Max Obione à Ernest Hemingway. Mais quand on parle de boxe, deux-trois références viennent à mon esprit. L’une d’elles, et non des moindres, est cette nouvelle, 50.000 $. Bien sûr, Jack Brennan n’a pas la carrure d’un Cassius Clay ante Mohammed Ali – avez-vous vu Muhammad Ali, the Greatest (1969) de William Klein ? Mais alors, la magie du Madison Square Garden opère. L’odeur des matches, de la sueur, des combats truqués ou non est là. Magie qui se rapporte également aux glorieuses années de la boxe française – non pas celles de Marcel Cerdan, que la légende a vu assassiné par des Américains mauvais perdants, et de sa Piaf piaffante, non, celles des années 1990, où Jean-Baptiste Mendy redonnait ses lettres de noblesse à un sport où tactique et allonge collaborent.
Avec Max Obione, boxe et blues se juxtaposent. Amin Lodge, dit « Le Courtaud », doit savoir s’étendre pour que son patron ramasse la mise. Et puis un jour, ce « negro », il refuse. Dieu sait pourquoi. Et puis Amin pourchasse ses démons. Et ses démons sont incarnés par Lonnie Treasure, véritable icône du blues, qu’il tente désespérément d’abattre à l’aide de Mister Jo, son flingue. Une course-poursuite se met en place. Le Courtaud croise la route de la Crevette, une négresse prépubère que la vie a déjà salie. Et puis il y a cette journaliste du Blues Monthly Stars qui est convaincue de tenir le scoop de la décennie, qui va devoir affronter les JOG (Justice Of God), des fanatiques criminels. Au milieu de tout ça, Chester Debs, un obscur privé, et des chansons tout en rythme pour une ultime balade vers l’océan, cette étendue d’eau toujours synonyme de liberté et d’aventure.
Fidèle à son habitude, Max Obione expérimente une nouvelle écriture. Articles de journaux côtoient plusieurs récits, plusieurs histoires qui se croisent et s’entrecroisent. Un peu à la manière de Short Cuts d’Altman qui, la boxe exceptée, baignait dans une atmosphère similaire, tant musicale que noire. Ici, on suit les pérégrinations d’un privé désenchanté, d’une petite fille sans avenir, d’un boxeur sur le déclin, d’une journaliste utopique et d’un vieux bluesman aux portes de la mort. Le tout réalisé sobrement, sans fioritures. Sur un ton juste. Pour un résultat noir. Très noir. Ici, pas de héros triomphant. La mort rôde avec toutes ses peurs et angoisses. Lire Amin’s blues, c’est accepter de l’affronter.
julien védrenne
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Max Obione, Amin’s blues, Éditions Krakœn, janvier 2006, 158 p. – 8,00 €. |
