Marie-Philipe Deloche & collectif, Voix publique, voix privée
Marie-Philippe Deloche crée avec « Folazil » un nouvel espace poétique. C’est de plus en plus rare, d’autant qu’il s’agit là d’un travail d’extrême qualité. L’objectif de ce premier livre est l’exploration du nouage privé/public par le passage de voix intimes à la sphère de leur partage.
La directrice offre ainsi une série de murmures. Ils transfusent à travers les murs, débordent ou suintent et parfois même « hululent » en reptiles voraces comme dans le texte de Narinane Rahdoun. Peu à peu, l’intime se déplace. Il devient autant fable que créature vivante. Les poètes font éprouver son mouvement dans la fixité de chaque poème. Ils « piochent dans le capital des mots » pour faire jaillir passé, présent ou avenir à travers maillages ou marges sans oublier une vision sociale plus qu’une culture de l’égotisme.
Chacun avance à sa guise à l’image de Marie-Philippe Deloche elle-même « masquée, démasquée » dans « les cabinets de médecine / de la poésie générale » telle une « Chinoise au sentier des brumes » ou une Alice qui sait que le Pays des merveilles n’est pas toujours celui qu’on croit. Chaque poète file, assujetti à l’emprise, au guet, à l’inconstance de temps, se faufile à l’instinct comme à la méditation et toujours sur le fil du rasoir. Tous recèlent un regard empreint de mélancolie mais sans s’y éterniser.
La « geste » poétique n’approche rien d’établi, elle mise parfois sur l’occasionnel, sur l’opacité des choses ou leur nudité. Les textes oscillent sur la matière brute de la réalité. Pas de chichi. De l’humain, ses caches, ses vestiges. Les poètes regardent les choses. Car le temps passe sur elles aussi. Mais la question est : comment se fait-il que tout cela soit si incroyablement visible ?
La réponse semble simple : les auteurs acceptent l’éphémère et jouent le rôle d’intermédiaire. Leurs textes peuvent alors se comparer à la peau de lait qui sépare deux choses de même nature : une chose qui a eu lieu, une chose qui attend son sort. Bref, l’une disparue, l’autre à venir. Les « voix » de la poésie témoignent de ce passage de l’une à l’autre.
jean-paul gavard-perret
Voix publique, Voix privée, recueil collectif, Folazil éditions, Grenoble, 2018, 86 p. – 12,00 €.
One thought on “Marie-Philipe Deloche & collectif, Voix publique, voix privée”
Oh Jean-Paul ! Comment te dire ma gratitude d’avoir tout si bien entendu ?