Marco Lodoli, Les Prières

Marco Lodoli, Les Prières

La bête n’est pas noire

Il existe souvent chez les écrivains romains une propension au dépassement humain au sein des marges. Lodoli est de ceux-là : « Mes pauvres vagabondent solitaires dans Rome, à la recherche de quelque chose de plus grand qu’eux : au bout du compte, il ne s’agit probablement qu’un peu d’amour, parce que l’amour efface les étroites limites de l’existence. » écrit-il.
Et Les Prières qui réunit trois romans inédits en français (Le Fleuve, Paolina, Proviseur) l’illustre.

Cela ferait d’excellents films pour Jim Jarmusch. Dans Le Fleuve, un héros erre la nuit à la recherche de l’homme qui a sauvé son fils de la noyade. Dans Paolina, une héroïne de quinze ans chemine seule dans la ville à la recherche des trois hommes avec qui elle a fait l’amour. Elle a jusqu’au soir pour savoir si elle gardera ou non l’enfant qu’elle porte. Dans le dernier roman, dans un triste lycée de banlieue, un proviseur, qui s’est rêvé écrivain, se retranche dans son bureau avec deux otages et son fusil de chasse.

En cette trilogie romaine chacun prie – plus ou moins et à sa façon – afin de se tirer de l’impasse de sa « misère » qui le protège et le sauve. Seul compte le cheminement tant le but est incertain entre cartomanciennes, musicien punk, escrimeur, orphelin africain, prostituées et divers types d’amours.
La bête n’est pas noire. L’âme pas lumière. Ne reste que des situations qu’il convient d’affronter dans l’intime et avec imagination pour ne pas couper le corps de l’activation de son esprit car c’est tout ce qui reste.

jean-paul gavard-perret

Marco Lodoli, Les Prières, traduit de l’italien par Louise Boudonnat, P.O.L, 2021., 332 p. – 25,00 €. 

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