Richard Texier, Codex

Richard Texier, Codex

Là où les chiens rôdent

Artiste de l’intensité, Richard Texier avance pour brûler tous ses masques. Et il l’accomplit en sortant du fond de la nuque et des contreforts du cœur non seulement des images qui glissent dans un souffle de vie mais une sorte d’aveu en sept temps : « Noir d’ivoire / Violet cardinal / Indigo / Vert cinabre / Ocre jaune / Rouge vermillon / Blanc d’argent » .
Bref, par des territoires colorés qui ressemblent – par exemple – au Quartet de John Coltrane  qui torréfie les nerfs et porte à l’impossible par un feu nourri des notes.

Ici, il ne s’agit pas seulement d’atteindre la note bleu du jazzman mais un autre bleu : premier, pur et fauve qui est « à jamais le bleu ciel » et que caressaient Novalis puis Bataille. Dans un tel rêve stellaire, le monde lui-même est habité.
Et Richard Texier – pour qui le réel demeure insuffisant – reste le semeur d’utopie à la recherche de l’étoile d’un berger inconnu dans l’effondrement de la nuit.

Il nous rapproche des vallées de Neptune et de Jupiter. Existe un chaudron cosmique qui nous dépasse et fait le joint entre ce qui se passe au cœur du binaire comme dans l’imaginaire. Soudain, la seule question qui reste est la richesse de ses formes où, comme sous une sourde mansarde, s’agitent des êtres en scabreuse unité.
Et ce, là où les lois de Sade lui-même comme des mythes premiers ont partout droit de cité.

Et si la terre n’est que désordre, les petits bonheurs ne viennent plus de la nature mais de la peinture qui détourne d’un certain désastre. Certes, la paix est rarement au rendez-vous là où les chiens rôdent. Mais le créateur qui a connu bien des galères retrouve l’enfant qui sommeille encore dans chaque pli de sa peau vieillissante.
Chaque histoire devient ici un bout de bouc. Artiste compris. Avec son goût de pas encore, de désaccords et de déjà tout.

jean-paul gavard-perret

Richard Texier, Codex, Gallimard, Hors série Littérature, 17 juin 2021, 248 p.

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