Magdalen Nabb, Un témoin honorable

Magdalen Nabb, Un témoin honorable

Nouvel opus des pérégrinations florentines de l’adjudant Guarnaccia dans les milieux transsexuels.

Un témoin honorable est l’occasion de retrouver Guarnaccia, l’adjudant des carabiniers de Florence cher à Magadalen Nabb. Ce roman relate la septième aventure du carabinier aux mains aussi grosses que maladroites et à l’esprit rigoureux mais lent. Si ses précédentes frasques se déroulaiebt sous la canicule (Le Mystère Clementina, 10-18, Grands détectives n° 3563), ce coup-ci c’est sous de véritables trombes d’eau que Guarnaccia se voit forcer d’enquêter.

Et l’enquête forcée n’est pas vraiment faite pour les gestes empruntés de Guarnaccia. Si aux premiers abords il pense devoir retrouver un criminel ayant découpé en morceaux une jeune fille, le médecin-légiste se hâte de contredire cette pensée. La jeune fille est en réalité un transsexuel à la poitrine siliconée et au surnom de Lulu. Lulu avait tout pour elle. Des formes, un esprit clair. Mais elle avait un défaut. Elle n’aimait qu’elle et l’argent. Et les clients honorables qui se bousculaient à sa porte étaient des proies idéales. Malheureusement, aux jeux de l’amour il arrive que l’on s’attache. Et s’il est une chose avec laquelle il ne faut pas jouer, c’est bien avec les sentiments. La piste de l’amant éconduit se précise. Qui est ce Nanny photographié grimé en femme aux côtés de Lulu ?

Les pistes, peu nombreuses, sont sans issues. Pendant ce temps, le procureur est aux anges. On lui a amené sur un plateau d’or une coupable idéale en la personne de Peppina. Il est donc difficile à Guarnaccia et au précieux Ferrini d’enquêter. D’autant que Tóto, le cadet des Guarnaccia qu fréquente dans son école une bande de jeunes délinquants menace de mal virer et que des amis d’amis ou de la famille ne cessent d’importuner l’adjudant pour des proches disparus…

L’adjudant qui au temps de la canicule regrettait une bonne averse se prend maintenant à rêver d’une bonne chaleur estivale. Il est obligé d’effectuer d’incessants allers-retours jusqu’à chez lui pour se changer des pieds à la tête et se sécher pendant que tous ses principes moraux en prennent un coup.
Magdalen Nabb n’est pas Italienne. Loin s’en faut. Elle nous vient en droite ligne du Lancashire anglais. Mais, après y avoir enseigné la céramique, elle a vu Florence et a décidé de s’y installer. Depuis 1975, elle adopte la ville et vice-versa. À chaque nouvelle aventure de Guarnaccia, ce sont des odeurs, des rythmes de vie de la ville qui viennent nous assaillir. Où indolence et violence viennent se confronter. Où les traditions font face à la rébellion moderne. Magdalen Nabb aime poser des personnages marginaux. Prostituées, transsexuels, sans-abris, indigents de tous genres dans cette ville éternelle et à la beauté toute… florentine.

Le mélange est détonnant et, alors qu’ils n’ont rien d’italiens, les dialogues en ont quand même la consonance et la saveur. Guarnaccia, sa femme et sa brigade auraient leur place dans un film de Federico Fellini. Personnages atypiques mais paradoxalement typés – ils sont en dehors d’une époque qui ne les comprend pas mais que eux comprennent – ils sont forcément attachants. Chaque aventure de Guarnaccia peut se lire indépendamment des autres. Maintenant, si l’on veut s’attacher à une chronologie pour mieux adopter Guarnaccia, le Maigret italo-anglais, il incombe de lire en premier Le Gentleman florentin (10-18, Grands détectives n°3305).

julien védrenne

   
 

Magdalen Nabb, Un témoin honorable (traduit par Jean-Noël Chatain), 10-18 « Grands détectives », 2004, 220 p. – 6, 90 €.

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