MaB für MaB
Un morceau allègre et finalement réjouissant
Les acteurs, qui s’apprêtaient sur scène pendant que s’installent les spectateurs, s’approchent du public pour entonner un chant baroque. On assiste à une passation de pouvoir entre le Duc et son pupille. Il s’agit de mettre à l’épreuve la moralité du dépositaire du droit de commander, pour éprouver que le pouvoir corrompt. Angelo, titulaire provisoire de l’autorité, puritain, passe son temps à nettoyer sols, murs, personnes, à la lance à eau.
La pièce unique est entièrement garnie de plaques marouflées d’or, donnant au décor un aspect solennel mais accueillant. Garant de la loi, Angelo se montre inflexible devant la sentence de mort prononcée envers un jeune homme convaincu d’union libre. Ebranlé par les suppliques qui lui sont adressées par la sœur du prévenu, jeune novice séduisante, Angelo se montre vulnérable à la vertu, dont la candeur le soumet à la tentation.

Une carcasse de porc est suspendue au lustre ; Angelo, un temps, prend sa place. A travers Isabella et Angelo, deux puretés s’affrontent, l’une qui se rigidifie face à l’épreuve, l’autre qui se réveille en passion incontrôlée. A de nombreuses reprises, on s’efforce de négocier le rachat du condamné. Finalement, le pivot du drame réside dans la proposition faite à Isabella de racheter son frère en se donnant à Angelo.
Sûr de l’impunité que lui assurent sa réputation et sa position, il presse ses avances. Au retour du duc, Isabella accuse Angelo ; cela donne lieu à une suite de jugements, qui conduisent à confondre le coupable, lequel finit par avouer sa dépravation.
La représentation, luique, joue sur les contrepoints et l’ironie inhérents au texte. La troupe est parfaite, les acteurs effectuent une prestation convaincante. La mise en scène est tonique et plaisante, mais un peu statique. Thomas Ostermeier a créé des spectacles plus incisifs.
Pourtant l’ensemble, cohérent et enjoué, parvient à vivifier un texte un peu répétitif et parfois chiche. Un morceau allègre et finalement réjouissant.
christophe giolito
MaB für MaB
de William Shakespeare
mise en scène Thomas Ostermeier
en allemand surtitré
Avec Bernardo Arias Porras, Lars Eidinger, Franz Hartwig, Jenny König, Erhard Marggraf, Stefan Stern, Gert Voss
chant Carolina Riaño Gómez
trompette Nils Ostendorf
guitare Kim Efert
Traduction : Marius von Mayenburg
Décor : Jan Pappelbaum
Costumes : Ulrike Gutbrod
Lumière : Urs Schönebaum
Musique : Nils Ostendorf
Du 4 au 14 avril 2012 Théâtre de l’Odéon / 75006 PARIS
Production Schaubühne am Lehniner Platz – Berlin, Salzburger Festspiele
Créé le 17 août 2011 au Landestheater – Salzburger Festspiele.
Première à la Schaubühne de berlin le 17 septembre 2011.
Le texte de la pièce à notre connaissance n’est pas publié en allemand. En français, traduit par Jean-Michel Desprats, il est publié aux éditions Théâtrales en 2001.