Luminitza C. Tigirlas, Gherasim Luca ZÉros en Lucaphonie
Luminitza C. Tigirlas avance sur les pavés de Gherasim Lucas et c’est une éclaircie en mouvement. Ses pas sont de ceux qu’elle n’attendait plus, ses revendications et renoncements en même temps. L’auteur bâtissait des montagnes détruites le lendemain à la dynamite. L’essayiste voit en lui des rivières traversées à gué à une époque où les ponts n’existaient pas. C’est comme si, à deux, ils finissent par s’asseoir sur un banc et que chaque parole échangée brille autant qu’un doryphore.
Comment ne pas inventer de tels « fous » du poème ? Comment ne pas mentir, d’une manière ou d’une autre ? Luminitza C. Tigirlas ne divague et aussi ne se nie pas. Elle sait reconnaître en Gherasim Luca ses rires ou de ses doutes anciens. Mais elle a besoin de se nourrir des bruits du souvenir parce qu’elle sait que l’auteur ne se surchargeait jamais de peaux (sauf une pour changer d’identité) et se défroquait poétiquement pour se rendre méconnaissable à la doxa.
Elle montre ici comment sa transformation s’opère et s’enchaîne en différences. Cela commençait par de triviales constatations. On disait : tiens, voilà la pluie. Elle tombait, en effet, régulière, faisant luire les branches des arbres sous les lampadaires, installant d’immenses flaques sur le bitume. Elle aussi nous convie à écouter le bruit de la pluie sur les feuilles des arbres du jardin. Du jardin ? Quoi, quel jardin ? Celui de son maître. qui pensait, comme elle, à une autre pluie sur un autre jardin.
jean-paul gavard-perret
Luminitza C. Tigirlas, Gherasim Luca ZÉros en Lucaphonie, Editions du Cygne, 2024, 154 p. – 16,00 €.
