Lumières du sud-ouest : Roland Barthes et 50 écrivains se racontent
Une belle région qui mérite qu’on la mette à l’honneur
Cet ouvrage collectif, qui s’ouvre sur un texte de Roland Barthes, réunit les essais de cinquante auteurs sur la région qui leur est chère. Le Sud-Ouest possède, écrivait Barthes, « une certaine hauteur des nuages qui donne au terrain la mobilité d’un visage » – trait gracieux qui place la barre haut. Comme il est inévitable dans ce genre de recueils, la plupart des confrères qui ont planché sur le sujet se retrouvent desservis d’avoir pour patron symbolique cet illustre prédécesseur, et pour voisins, des gens plus inspirés qu’eux.
Nous citerons donc seulement les textes propres à captiver le lecteur exigeant ne serait-ce que par un passage insolite, émouvant ou profond.
Serge Airoldi, qui n’est ni basque (contrairement à ce que son nom indique), ni d’Aquitaine, a eu la bonne idée d’énumérer ce qu’il connaît de la région, notamment « ce poste de frontière déserté, en haut du col, il faut traverser la forêt des chênes magiques de Sare, […] arriver enfin au grand ciel, et voir cette administration fermée, la serrure courant déjà à la rouille, aller jusqu’au bar d’en face, en territoire espagnol, manger une omelette et du jambon et se sentir, peut-être, d’un autre monde, savourer enfin la part de l’inné dans son cœur. » (p.15).
Bruce Bégout se souvient de ses observations nocturnes de la rue Tauzia, à Bordeaux, où il découvrit entre autres la vie secrète de son professeur de français – je vous laisse la surprise de la phrase très efficace où cette révélation quasi religieuse vous sera livrée.
Jean-Marie Laclavetine, lui, se rappelle des moments bordelais de jadis et de naguère, dans une prose poétique où même les angoisses sont exaltées : « Peur aussi, les façades noires, les cris qui sortaient des cafés, les percolateurs comme des verrats qu’on égorge, les grands manèges des Quinconces, peurs délicieuses de Bordeaux, ma douce ville tombeau, celle où je resterai. » (p.116)
Marc Pautrel nous fait noter que « Bordeaux est une drogue« , en étayant cette affirmation d’une façon à laquelle nous sommes nombreux à pouvoir souscrire, tant il est vrai que l’on « y reste lié à jamais, comme une malédiction à l’envers, une bénédiction dont on ne peut pas se débarrasser, une magie blanche. » (p. 173)
François Rivière a choisi de décrire Hossegor, et y réussit si bien que même quand on ne l’a pas appréciée, on est tenté d’y revenir pour l’avoir lu. Eugène Savitzkaya évoque la lumière sur les vagues, dans l’un des textes les plus courts du volume, virtuose et fulgurant. Bruno Tessarech nous offre une rêverie « uchronique » sur Bordeaux qui serait la capitale d’une « royauté à l’anglaise » (p. 209), avant de reparcourir l’histoire de la ville par petites touches affectueuses teintées d’ironie.
Pierre Veilletet raconte sa première corrida, vue à Bayonne, avec un émerveillement contagieux et un goût de la vie irrésistible. Enfin, le texte de Philippe Vercaemer clôt le volume de manière très touchante : le bonheur inespéré qu’a vécu l’auteur en retrouvant sous un nouvel aspect le tramway de son enfance bordelaise nous est d’autant plus sensible que l’essayiste (mort en 2008) n’a pas pu le savourer longtemps.
Ces textes font qu’on ne regrette vraiment pas d’avoir lu l’ouvrage, et quoiqu’on soit très déçu par certains autres, on reste porté à l’indulgence : si une région aussi belle que le Sud-Ouest possédait par surcroît à l’heure actuelle cinquante auteurs éblouissants, ce serait trop injuste.
a. de lastyns
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Collectif, Lumières du sud-ouest : Roland Barthes et 50 écrivains se racontent, Le Festin, novembre 2009, 238 pages, 20,00 € |
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