Charles Haquet et Bernard Lalanne, Bréviaire des petits plaisirs honteux

Charles Haquet et Bernard Lalanne, Bréviaire des petits plaisirs honteux

Offrons-nous ce petit plaisir

Comme son titre le laisse deviner, ce petit ouvrage est humoristique, mais à la différence de nombre d’autres parutions récentes du même type, il est édité de façon à séduire les esthètes : sur du beau papier, dans une belle typographie, et sans massicotage, choix qui fait l’objet d’une plaisanterie à la fin de l’ouvrage. Le Bréviaire vaut l’effort (le plaisir) d’être découpé, contenant peu de pages qui ne soient pas hilarantes. Ses auteurs ont à la fois de bonnes trouvailles en matière d’amusements coupables – on peut citer, en guise d’échantillons de leur ingéniosité les chapitres « Semer le doute », « Faire bâiller les autres » et « Polluer le cerveau des voisins » -, de l’habileté dans leurs développements, et un sens de l’actualité qui donne un petit côté sociologique à leur texte, par exemple lorsqu’il s’agit de trouver comment choquer de nos jours, quand seules les images proscrites par la loi anti-tabac semblent pouvoir le faire.

On apprécie beaucoup le chapitre « Déblatérer », où l’importance historique du lavoir en tant que Sénat de la médisance est soulignée. L’autoportrait de l’homme qui se délecte à s’avachir sur le canapé, le soir, vaut aussi son pesant de canettes de bière (que les auteurs ont élues pour emblème de ce plaisir précis).
En revanche, je suis restée perplexe devant « Se faire papouiller le côté pile », où on lit que « gratter un dos est aussi affolant que ratisser la banquise« , après quoi les auteurs s’efforcent de prouver le contraire, sans que l’on puisse comprendre s’ils expriment là leur propre point de vue (masculin) ou s’ils essaient d’adopter celui des dames dont ils voudraient obtenir des « papouilles » – quoi qu’il en soit, on se demande pourquoi ils ont classé dans ces plaisirs une occupation qu’ils ont tant de mal à présenter comme tentante.

 

Autre reproche qu’on peut leur adresser : même s’il est inévitable d’évoquer, dans un traité sur les plaisirs honteux, les joies des pétomanes, il aurait sans doute mieux valu s’en tenir là, en matière de distractions malodorantes, plutôt que de chercher à en décrire le maximum et des plus variées – les lecteurs au nez sensible risquent de finir par être écœurés.
Mais qui sait, c’était peut-être le but, histoire de nous jouer en catimini un tour qui nous inciterait à offrir le livre aux plus délicats de nos ennemis ?

a. de lastyns

 

   
 

Charles Haquet et Bernard Lalanne, Bréviaire des petits plaisirs honteux, éd. JBZ & Cie, mars 2010, 140 p. – 12,95 €

 
     

 

 

 

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