L’Ombre du corbeau

L’Ombre du corbeau

Premier épisode des aventures d’un Iroquois dans un collège anglais à l’époque de Bonaparte et de l’amiral Nelson

Naotak est un jeune Indien de la tribu des Mohawks. Un Iroquois. Exilé en Grande-Bretagne, en 1801. Enfant adopté par le colonel Hastings. Il fait sa rentrée dans le collège huppé de Lexington, une école parrainée par le roi George II d’Angleterre.

Le roi George, justement, ne va pas très bien : il souffre d’accès de démence. On soupçonne une tentative d’empoisonnement par Bonaparte. Le colonel Hastings est rattaché, secrètement, à sa sécurité et doit démasquer le traître. Pendant ce temps, à Lexington College, une ombre noire plane et fomente un attentat contre le Roi au cas où l’empoisonnement serait un échec.

Naotak découvre les coutumes anglaises, strictes et rigoureuses. Il fait la connaissance d’Andrew, son bordélique voisin de chambrée, et des mathématiques, une science dont il ne comprend pas l’intérêt. Naotak suscite envie et jalousie. Mépris, aussi. Car c’est avant tout un sauvage dans un monde civilisé. Le meilleur escrimeur du collège, Cromwell, en a fait sa bête noire. Heureusement, il y a les cours de botanique, où notre jeune Indien excelle, et surtout, les escapades nocturnes. Il faut alors éviter Halifax, le gardien des lieux et ses nombreuses rondes. Halifax, qui voit tout et entend tout.

Puis, un jour où, pour le cours de botanique, les élèves doivent récolter des plantes, Naotak en profite pour s’octroyer un petit moment de liberté. Il découvre un vagabond qui s’enfuit en laissant tomber une bague. Naotak voudrait bien la rendre mais il ne sait comment faire. Le problème est que le vagabond en question est une jeune fille, Caroline, en quête, elle aussi, de liberté. Cette bague était un cadeau de fiançailles. Caroline était promise à… Cromwell ! Au même moment, l’ombre noire entrepose des tonneaux de poudre au collège. Et Naotak l’a entraperçue. Il est devenu une gêne pour elle.

Évidemment, à la lecture de ce premier épisode des aventures de Naotak, on ne peut s’empêcher de penser au Harry Potter de J.K. Rowling : on y retrouve un collège, un doyen sage et omniscient, des professeurs atypiques qui enseignent des matières tout aussi atypiques, des clans et un paria, Naotak, qui aura comme amis les meilleurs éléments de Lexington, Caroline et Andrew, qui sont un peu ses Hermione et Ron à lui.
De plus, Naotak a ses propres facultés. Il maîtrise un peu l’Umbra, ce plan où les Indiens discutent avec les esprits. D’ailleurs, il est un des plus jeunes sorciers iroquois et possède un masque qu’il s’est empressé de cacher, avec son coutelas, dans un renfoncement de cette fenêtre qu’il aime tant à franchir.

Mais les similitudes s’arrêtent ici. Florian Ferrier se démarque avec une œuvre mêlant histoire et Histoire. On rencontre l’amiral Nelson. Bonaparte n’est pas encore Napoléon et le roi George nous émeut par ce mélange de souffrances et d’humanité. Il n’en demeure pas moins d’une sévérité digne de l’icône inaccessible qu’il est. Florian Ferrier nous dresse aussi une satire de la société anglaise de l’époque qu’il présente comme entièrement rétrograde et figée. Caroline préfigure la femme libérée de demain. Celle qui est obligée de se cacher dans une soupente pour lire au lieu de faire de la broderie comme ses parents le voudraient. Celle aussi qui rêve de grandes découvertes, à l’esprit sans arrêt en éveil et qui fera de Naotak son meilleur ami.

Le gentil sauvage est, lui aussi, d’un caractère vif mais réfléchi. Cependant, il est plutôt chaud bouillant. Une espèce de soupe au lait. Et ça lui jouera des tours ! L’Ombre du corbeau – le titre vient d’un rêve inexpliqué de Naotak – est un roman vraiment très agréable à lire et qui ravira les jeunes adolescents de 12 ans, comme les plus vieux. Et il se différencie aussi d’Harry Potter en cela que c’est une seule histoire, une seule grande aventure, brutalement interrompue à la fin de ce tome par ces mots horribles : À suivre…

julien vedrenne

Florian Ferrier (avec des illustrations de Tiburce Oger), L’Ombre du corbeau, Magnard Jeunesse coll. « Naotak » (épisode 1), avril 2005, 196 p. – 12,00 €.

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