Les souffrances de Job
Les cruautés sans fin de l’insensée souffrance
Une mise en scène inventive et ambitieuse (primée lors du festival jeunes compagnies du théâtre de l’Europe en 2010) de l’une des Comédies mythologiques de Hanokh Levin, le dramaturge israélien de la fin du XXe siècle, pétrifie le public de l’Odéon sans parvenir à l’édifier.
Les cruautés sans fin de l’insensée souffrance
Après que la lumière rouge qui a baigné le public lors de son entrée dans la salle s’est éteinte, deux rangées de personnages, de part et d’autre de la scène, se saluent sur un fond de bruits festifs d’ampleur croissante. Puis les personnages se meuvent sur le plateau juché de bouteilles, que leur démarche abat comme des quilles creuses. En contraste avec le festin, le ballet des mendiants développe implicitement une sévère critique de la stratification sociale et annonce la gradation des malheurs. Job assiste initialement aux événements qui l’affectent en les commentant sur un ton doctoral. Le texte revisite le mythe de Job ; il l’étire et en explicite les tensions. Hanokh Levin le dépouille de son sens apologétique pour en faire une fable nihiliste qui interroge tant les affres inanes de la vie humaine que les profondeurs d’une mort sans salut. Le metteur en scène utilise les bruitages pour évoquer des mouvements d’ensemble, des actes qui s’inscrivent dans des séries. Le dépouillement de Job est figuré par l’évidement de la scène. Les malheurs qui l’affectent successivement sont d’abord représentés par des moyens symboliques. Souffrances et morts sont signifiées par des liquéfactions. Le corps dénudé de Job est criblé de peintures, de poudre, de terres et de grains, élaborant comme une plastique morbide et abstraite.

Une crucifiction dénuée de sens
La mise en scène est inventive et cohérente, les comédiens justes et engagés, mais le spectacle ne trouve pas véritablement sa dynamique. Le texte, les acteurs et la geste d’ensemble s’essoufflent. L’absurde, de bon aloi, semble pourtant privé de ressort. Les tableaux qui se suivent nourrissent un intérêt marqué mais sporadique de la part des spectateurs.
C’est que le texte hésite entre interrogation métaphysique et ironie sarcastique. C’est que les choix de mise en scène de Laurent Brethome le conduisent à dépersonnaliser les personnages, qui perdent dès lors toute épaisseur affective. De cet anéantissement à petit feu ne restent que des lambeaux de « la tendre glaise humaine dont on façonne les idéaux ». Comme dans nombre de pièces de Levin, l’absence de sens reste en suspens, sans nourrir la moindre illusion ni intention. Et cette désorientation délibérée risque de rejaillir sur la représentation.
christophe giolito
Les souffrances de Job
de Hanokh Levin
mise en scène Laurent Brethome
Prix du public du meilleur spectacle 2010 du festival Impatience
Avec Fabien Albanese, Lise Chevalier, Antoine Hcrniotte, Pauline Huruguen, François Jaulin, Denis Lejeune, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc, Anne Rauturier, Yaacov Salah, Philippe Sire
Du 19 au 28 janvier 2012 au théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier / 17e)
Texte français : Jacqueline Carnaud & Laurence Sendrowicz ; dramaturgie : Daniel Hanivel ; le texte de la pièce est paru aux éditions Théâtrales en 2001 dans le volume II du Théâtre choisi de Hanokh Levin. Scénographie & costumes : Steen Halbro ; lumière : David Debrinay ; musique : Sébastien Jaudon ; paysage sonore : Antoine Herniotte ; décorateur : Gabriel Burnod
Production Le menteur volontaire
Coproduction La Comédie de Saint-Étienne – centre dramatique national, Le Théâtre de Villefranche, Le Grand R – scène nationale de La Roche-sur-Yon, Scènes de Pays dans les Mauges – Beaupréau, Le Théâtre du Parc – Andrézieux-Bouthéon, avec le soutien en résidence de La Fonderie – Le Mans, avec l’aide de l’Adami et de la Spedidam
Spectacle créé le 13 janvier 2010 au Théâtre de Villefranche-sur-Saône. Il a effectué une tournée avant d’être présenté en juin 2010 à l’Odéon, dans le cadre du festival « Impatiences ».
Le menteur volontaire est en convention avec le Ministère de la Culture et de la Communication -TRAC Pays de la Loire, la Ville de La Roche-sur-Yon et le Conseil régional des Pays de la Loire.