Les chats faux
(Play it again Sam)
Notre rémanence demeure en notre inutilité et une sorte de grâce où l’écriture, troublée pour une moindre rature, s’érige en aboyeur du silence. Elle nous jette vers la lumière comme un papillon qu’enivre la flamme d’une bougie. Nous en tirons une telle majesté où, sédentaires, nous incarnons notre pesanteur. Mais, ni ronce de noyer, ni cosse de la mémoire, notre corps n’est rien, à personne. Restent ses plis du cœur, ses déchirures de l’âme telles qu’elles furent laissées. Son errance est sa lumière : nous sommes son absence et la traversée de ses nocturnes là où tout tient en un paquet de nerfs. Chacun s’y retient prisonnier. Car nous savons qu’il n’y aura pas d’autres lieux.
Demeurent les feuillages d’une nuit de camomille quand l’ange sera passé dans la forêt des songes où nous nous étions garés. Restent nos allées, nos mutismes et les milliers de petites pierres blanches. Elles forment une pensée qui s’ « enfente ». Lieu seulement lieu, même si tout n’aura été que des actes manqués jusqu’à minuit sonné, jusqu’au matin blême mais pour nous retrouver vivants. Vivants et habités. En ce sens, seul le fil à plomb de Beckett incarne moins notre gravité que notre légèreté, sans circonférence ni centre incapable de nous éveiller à la réalité.
jean-paul gavard-perret
Photo Kikuji Kawada