Les autres et l’un

Les autres et l’un

(Kundera)

En modifiant de leur place habituelle les mots, je réponds sans répondre d’eux. Sur la frontière du présent et du futur j’en appelle à leur farce prophétique qui ouvre grandes les portes du caravansérail idéologique sans refuser le rendez-vous des termites et les confusions quand dérape l’index de l’Un sur ce qu’ils ont surcodés.

Je prends donc les mots où ils se trouvent mais plus pour ce qu’ils valent. Leur goût salé de larmes ou de sang sur la langue ne s’impose pas pour autant. Que j’ai le front ridé de petits soucis n’empêche pas les mollets agiles de l’écriture. « Bonjour, monsieur », me disent les goguenards vocables. Mais qu’ils ne croient pas que j’oublie qui ils sont même si j’ai des poches sous les yeux.

Pas question qu’ils les remplissent. Ils doivent venir par paquets de syllabes passer avec moi un ou deux jours sans pour autant que je leur fasse le plaisir de dîner avec eux. Ce n’est pas parce que je leur souris que je ne les prends pas pour de prétentieux donneurs d’ordre. Ils croient que je suis de leur monde, de leur bande et que de ma nuque je les approuve. Je n’oublie pas ce qu’ils font et ce qu’ils crachent dès que, les possédant, ils nous asservissent.

jean-paul gavard-perret

photo Ed Clark

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