Leonard Wibberley , La souris qui rugissait
L’équivalent du Meilleur des Monde et de 1984 sous forme de farce
Avec la parution de La Souris qui rugissait (1955), Leonard Wibberley – Dublinois comme Joyce et Beckett – devient célèbre et 4 ans plus tard le film (avec Peter Sellers) qui en est tiré connaît lui aussi un immense succès. Wibberley va écrire plusieurs suites, des livres pour enfants sur les déboires d’un soldat anglais en lutte contre les insurgés américains (la série John Treegate) et sous le nom de jeune fille de son épouse il entame les aventures policières d’un moine franciscain de Los Angeles (Father Joseph Bredder).
Boulimique, celui qui dut quitter ses études et travailler très vite comme journaliste au Sunday Dispatch puis au Daily Mirror et devint rédacteur en chef dans un journal à la Trinité-et-Tobago…, puis correspondant de guerre aux États-Unis pour L’Evening News et à l’Associated Press de New-York finit par s’installer enfin en Californie, travaille au Los Angeles Times et commence une œuvre immense de romancier tout en étant aussi animateur de radio.
La souris qui rugissait est son chef d’œuvre. L’humour et l’absurde y règnent en maîtres à travers la critique acerbe toujours actuelle de la politique mondialisante. Après avoir déclaré la guerre aux États-Unis, le comté du Grand Fenwick, minuscule pays perdu qui occupe un territoire de 8 km sur 5 entre la France et la Suisse va déséquilibrer les rapports de force entre Etats à l’échelle mondiale. Le pays autarcique pendant des siècles tire la totalité de ses bénéfices du Pinot qui fait la nique à celui des Charentes. A la suite de la baisse de la mortalité infantile, le duché ne peut plus subvenir à ses besoins. Il décide donc de renflouer ses caisses par la vente de séries de timbres postaux qui ne trouvent bientôt plus d’acquéreurs. Retour au Pinot.
Certains estiment d’ailleurs qu’en coupant le vin avec de l’eau on pourrait ainsi en produire plus. Mais l’Etat lui-même pourrait partir en dilution… Toutefois, après avoir déclaré la guerre aux USA en espérant la perdre pour obtenir un plan Marshall, le pays la gagne, se retrouve propriétaire de la bombe Q et de millions de dollars.
Cette satire sous forme de conte burlesque est un chef-d’œuvre. Il est l’équivalent du Meilleur des Monde et de 1984 sous forme de farce.
jean-paul gavard-perret
Leonard Wibberley , La souris qui rugissait, Editions Héros Limite, Genève, 2017, 256 p. – 15,00 €.