L’Echange
Jusqu’où peut-on aller par amour ? Maxime trouvera peut-être la réponse à l’occasion d’un séjour linguistique qui le sépare de Maroussia.
Je sors avec la fille la plus odieuse du collège. Elle s’appelle Maroussia, elle est en quatrième D, elle a des ongles très longs et très durs. Maroussia peut me griffer jusqu’au sang lorsqu’elle s’estime négligée.A l’image de l’amour de Marcel pour Isabelle dans Le temps des secrets, Maxime est en adoration devant Maroussia, petite femme en devenir aussi jolie que cruelle, féline jusqu’à se faire les ongles sur les joues de son amoureux transi. Et comme toutes les princesses, elle exige courage et soumission de son preux chevalier ; jalouse de le voir partir pour l’Allemagne dans le cadre d’un échange interclasses, l’adolescente ordonne qu’il lui rapporte un coussin de soie ayant appartenu à Louis II de Bavière, exposé dans un château.
Maxime est las des fantaisies de Maroussia et ce voyage arrive à point nommé.
Deux aspects dans ce roman : le portrait sensible d’un garçon de 14 ou 15 ans empêtré dans une histoire d’amour qui l’étouffe mais lui confère un certain prestige aux yeux des garçons de sa classe, et la découverte d’un autre pays, d’une autre culture avec l’éloignement du cocon familial.
Roland Fuentès, professeur d’allemand, décrit avec humour et justesse les péripéties du voyage. Tous ceux qui ont participé à un tel séjour ne pourront qu’apprécier la suite des événements :
On n’était pas beaux à voir, ce matin en montant dans le car. Il nous tardait de lâcher un peu les parents et, en même temps, on les quittait pas des yeux parce que, pour la plupart d’entre nous, c’était la première fois qu’on partait seuls à l’étranger. Les adultes ne semblaient pas au mieux de leur forme non plus.
Au milieu des membres de sa famille d’accueil, sympathiques et joviaux, qu’il surnomme intérieurement « les trolls », Maxime s’aperçoit qu’il ne comprend pas deux mots d’affilée, découvre les horaires de repas décalés, une nourriture à laquelle son estomac n’est guère habitué et les joies des déplacements en bicyclette.
Mais jour et nuit, et surtout la nuit, où une icône gothique punaisée au mur de sa chambre lui rappelle Maroussia avec insistance, Maxime s’interroge. Jusqu’où peut-on aller par amour ? La demande de Maroussia n’est-elle pas exorbitante ? Peut-être est-ce le moment de rompre.
Auteur de livre pour adultes et pour la jeunesse Roland Fuentès est également créateur de la revue Salmigondis. Pour en savoir plus un petit tour sur son blog s’impose.
patricia chatel
Roland Fuentès, L’Echange, Syros, coll. « Tempo », mai 2007, 144 p. – 5,90 €.
A partir de 11 ans.