Le Voyage de Phil
Patrick Pécherot, le plus surréaliste de nos auteurs contemporains, nous emmène dans un monde de rêves, celui d’Arsène Lupin et de son trésor caché
Le vieil Anselme est bouquiniste. Il furète partout à la recherche de livres policiers qu’il pourrait revendre en se faisant une belle petite plus-value. Phil est gravement malade. Son crâne chauve est la preuve permanente qu’il suit une chimiothérapie. Phil broie du noir. Sa rencontre avec Anselme va chambouler sa vie. Anselme et Arsène Lupin.
Parce qu’Anselme, il la connaît par cœur, la vie du célèbre héros de romans policiers imaginé par Maurice Leblanc. Celle de Marius Jacob aussi. Marius, c’est le personnage réel qui a inspiré le romancier. Et justement, Anselme, il a une lettre de Marius, alors emprisonné, à sa mère. Ce serait une lettre codée révélant l’emplacement du trésor de Marius. L’aventure peut alors commencer sur les routes de Normandie. Nos deux compères partent à la recherche de l’original de la tapisserie de Bayeux. Mais ils ne sont pas les seuls. Deux hommes ont dérobé la lettre de Marius dans l’arrière-boutique d’Anselme.
Alors qu’ils font du camping, ces deux hommes deviennent plus menaçants que jamais. Heureusement, Anselme gère. Puis, c’est la découverte d’un campement de gitans et d’un autre mode de vie. Il y a aussi la belle Yovana. C’est, pour Phil-Philémon, comme elle l’appelle, le début des grandes amours adolescentes. Bref, tout est réuni pour que l’aventure soit des plus héroïques et des plus belles.
Patrick Pécherot, l’homme empreint d’une nostalgie surréaliste – son amour pour Léo Malet et André Breton n’est plus à démontrer (à ce sujet, les plus grands des lecteurs se régaleront avec Les Brouillards de la butte) – vient sur les terres de Maurice Leblanc. Qui mieux que cet auteur peut éveiller la curiosité chez un jeune adolescent ? Qui mieux que le créateur du Gentleman cambrioleur ? Personne. Car le héros fait rêver tous ceux qui lisent ses aventures. Phil-Philémon n’échappe pas à la règle.
Sans être pour autant démagogique, l’ouvrage de Patrick Pécherot fourmille de petites références littéraires qui sont autant de nouvelles pistes de lecture (Michel Zévaco et Les Pardaillan, Léo Malet et Nestor Burma, Conan Doyle et Sherlock Holmes, Pierre Mac Orlan…) pour quelqu’un avide d’aventures. Le style de Patrick Pécherot est à la fois sobre et jouissif. Il existe une réelle rythmique des mots. Une réelle poésie. Le Voyage de Phil est un beau petit roman qui mérite, cependant, d’être lu après deux-trois Lupin (L’Aiguille creuse, entre autres), histoire de ne pas naviguer dans l’inconnu. De se trouver en pays conquis.
julien vedrenne
Patrick Pécherot, Le Voyage de Phil, Syros coll. « Souris noire », avril 2005, 158 p. – 5,90 €.