Laurette Massant, Viersus
Laurette Massant crée des passages. Pas forcément par la porte officielle de l’art. Car, en ouvrant, elle écarte. Par où ça passe et ne passe pas, en un mouvement qui serpente vers une nudité du désir dans la musique amusée des formes. Elle ne montre rien du risque, pas plus que du vide. La lumière asperge les surfaces qui ne cessent de jouer. Déplacement. L’’image s’efface, revient. L’oeil parcourt des lignes, tranche, juxtapose, glisse. Masses et surfaces ouvrent l’écart. Jusqu’à devenir centre dans la triangulation Vénus, Vierge, Marie-Madeleine. Les « modèles » créent des interstices dans la pénombre où chacun se retrouve un jour – du moins on l’espère – dans la volonté de parcourir le temps à l’ombre des femmes génériques.
En ce traité d’éducation lubrique plus que religieux, le regardeur est pris : il faut se laisser absorber par l’image qui remonte l’histoire de La femme. Fractures, fragmentation, glissement, qu’importe. Il y a des allées, des absences et des pas. Lieu seulement lieu. Ou corps seulement corps. Les figures qui ne se portent pas que jointes, les lieux resteront étrangers. Les ronces ne voient plus le jour et tombent en mémoire de nuit. Et qu’importe si on n’est rien, à personne. Mais on n’est pas plus de la mélancolie tricotée par les mâles. Personne n’est rien ni au jour ni à la nuit.
Reste l’être l’humain. Du moins de féminine engeance. Sentinelle égarée. Tentatrice en réciprocité. Figure nue, sans voix parmi les voix. Le désir est leur dérive. Que demander de plus. L’éros qui trop souvent est perçu comme menace devient émotion, et regard.
Nous ne savons s’il y aura d’autres passages. C’est là que Laurette Massant fait vivre, circuler les images. Chacune est une danse. Appelons cela donner l’espace au temps, donner place à l’instant
jean-paul gavard-perret
Laurette Massant, Viersus, VDK-JFK Gallery, Bruxelles, 17 novembre – 4 décembre 2016.
