Laurent Theis, Reines carolingiennes

Laurent Theis, Reines carolingiennes

Le règne des carolingiens s’étend de 751 à 987, de Pépin III, dit le Bref, à Louis V, ultime rejeton de la lignée. Celui-ci cède le trône aux Capétiens. Or, qui dit roi dit reine ! Et là, à part Berthe, Hildegarde, Brunehaut, c’est l’inconnu. Cela dit, des hommes de cette époque ne sont pas mieux lotis.

Bertrade, la première, est entrée dans l’histoire avec le surnom de Berthe au grand pied. Elle est l’épouse, pendant vingt-cinq ans, de l’illustre Pépin, et la mère de Charlemagne. La dernière, Adélaïde, dite Blanche, porte le titre pendant deux avant un divorce. Elles sont ainsi plus de trente à se succéder en neuf générations. De ces femmes, seules quatre ou cinq sont passées à une postérité relative. Les autres, dont les patronymes furent consignés dans des écrits ecclésiastiques, des annales, des récits et des poèmes, cessèrent vite d’être connues.
Passer dans l’Histoire est encore plus ardu. Dans les récits il n’en reste quasiment rien. Depuis quelques décennies des historiennes, surtout, et des historiens, ont entrepris de leur rendre, autant que possible, justice. En effet, elles en valent la peine et c’est un monde où ces femmes ont joué un rôle important.
Ces reines sont majoritairement recrutées dans les lignages francs. Ce sont des considérations politiques qui dictent cet état de fait car le mariage permet d’étendre les ressources et les outils de la puissance du roi. Il permet aussi de contrôler les membres des lignées qui pourraient se révéler concurrentes dans l’accès à la fonction royale.

Laurent Theis reconstitue les neuf générations des trente-trois reines qui accompagnent les rois de la lignée. Si Bertrade est la première, la génération suivante est ouverte par Himiltrude, épouse de Charlemagne répudiée en 770, de Désirée devenue reine en 770 avant d’être aussi répudiée en 771. Hildegarde, épousée en 771/772, donne trois fils avant de mourir en avril 783. Elle est remplacée presque immédiatement par Fastrade qui meurt en août 794. C’est alors Liutgarde qui prend place fin 794 début 795 pour mourir en juin 800. Il semble alors que Charlemagne n’épouse plus. L’historien dresse ainsi la liste de toutes ces femmes ayant, cependant, deux reines dont l’existence est prouvée mais dont le nom reste inconnu pour l’heure.

L’auteur détaille en quatre grands chapitres aussi documentés que possible, la fabrique de ces reines entre mariage et sacre, leurs actions en tant que reine, les attentes en tant que génitrices, et la femme qui existe derrière la souveraine. De nombreuses informations sont données comme des généalogies, une bibliographie, un index des personnages cités…

Avec ce livre, c’est une superbe découverte d’une période encore trop ignorée mais qui gagne à être ainsi dévoilée, connue, à travers ces femmes qui eurent un rôle important, tombées fort injustement dans l’oubli.

Laurent Theis, Reines carolingiennes, Perrin, mars 2026, 224 p. – 19,90 €.

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