Laurent Grison, L’archipel des incandescences (hommage à Xavier Grall), suivi de La femme debout
Le chamane
Ces deux ensembles poétiques, 17 dessins et photographies, créent une approche envoûtante qui ondule entre le rêve et la réalité entrez deux hommages : celui du poète Xavier Grall et celui de la femme. Le double corpus est hypnotique. Reste en filigrane l’image de Grison en Samouraï qui coupe le réel de ces flèches d’encre, non parfois sans humour.
L’évocation du poète breton fait de lui le chamane, le démiurge des forêts de légende et de l’immense océan, mais la femme debout lui brûle la compétence tant elle est habitée. Elle ne sur-couve pas le poète mais devient son Surcouf à la fois égérie et fée des songes.
Comme deux brise-lames, ce dytique n’est ni brise-larmes ou -l’âme. Celle-ci est omniprésente et lancinante, emporte ces vers discrètement lyriques contre le chaos. Quelque chose résiste : la langue. Elle taille dans le vif en évitant le pathos – et il y avait là pourtant tout pour cela.
Laurent Grison, face au possible marasme, avance. Il prend le temps de tout métamorphoser sans laisser filer le poids de telles visions. Au milieu de la Bretagne, le poète progresse parmi ses traces et sa moisson de ténèbres où son pas traverse la lande. Comme « sa » femme, il tient debout.
jean-paul gavard-perret
Laurent Grison, L’archipel des incandescences (hommage à Xavier Grall), suivi de La femme debout, Éditions Sémaph[o]re, collection Arcane, 2025, 90 p. – 15,00 €.