L’amour du beurre
(Qu’est-ce que la dépression ?)
Généralement, les dépressifs salissent. Surtout quand il faut ramasser leurs morceaux de cervelle à la petite cuillère. Dans leurs lobes scènes, prenant ses quartiers, une araignée les dévore.
Aussi lourde que le poids du monde, elle glisse vers d’autres latitudes : poitrine , âme-vallée de larmes comprises. Du monde grisâtre, certains retrouvent des couleurs mais beaucoup vivent une peur bleue.
D’autres sont considérés anormaux, bancals, amoindris avec une souffrance permanente Ils étirent leur nostalgie d’une exquise douleur qui s’insinue dans la moindre fibre ou la plus infime cellule.
Mais ils cachent leur âme : elle danse une sarabande pleine d’exultation. Des oiseaux écrasés semblent avoir atterri sur un balcon vertical mais d’angulaires carafes en cristal logent du rouge cardinal. Prochain arrêt : l’amnésie chamanique desperado au bord des rivières. A leurs confluents, une folie éphémère cède la place aux troubles de l’Occident.
jean-paul gavard-perret
Photo : Miles Aldrige
