La pianiste
Dans un fond de lascivité pure cousue par sa musique, elle ne cherchait qu’à être elle-même. Un aria montait, englobait, débarrassait sa carcasse de la moindre graisse superflue et ne quittait jamais l’immanence de la vie comme marque du triomphe définitif sur le néant. Sur son clave-seins elle donnait une forme à ce concept qui engendra la vérité intouchable.
Pour jouer, elle n’aimait pas porter un soutien-gorge : c’était pour elle un emballage de gâteaux qui finissait par traîner sur ses tables, cartons et papiers souillés, ficelles roulées en boules. Plus libre et sans attelle, elle faisait l’amour avec la musique. A travers sa robe, elle possédait la force de sa pensée et de ses mains, clignait des yeux et, dans ses compositions, racontait la même histoire que la sienne.
Elle aimait parler à un homme qui lui plaisait. Pétillante et pleine de malice avec une fraîcheur dégageant un parfum subtil de fleur et de terre, elle ajoutait : « Je l’ai joué trois fois avec toi, je t’ai forcé. Elle éclata de rire mais l’homme lui demanda si elle avait pris du plaisir. Elle répondit oui et il rougit.
jean-paul gavard-perret
Photo : Sylvie Aflalo-Haberberg