La Grande Môme
Quand on a 15 ans, qu’on est enlevée par un ancien flic, qu’on découvre que sa mère a eu une autre vie et qu’on tombe amoureuse, la vie est plus que difficile
La Grande Môme, c’est avant tout une grande perche blonde de 15 ans, qui est mal dans sa peau, qui n’a pas assez de seins, et qui est amoureuse de Jean-Sébastien. Mais c’est aussi une personne déracinée qui se retrouve avec une nouvelle identité, d’un coup, et qui doit se résoudre à s’appeler Émilie Ambricourt. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas facile à porter, comme nom. À Rouen, les Ambricourt sont des notables. D’ailleurs, le grand-père d’Émilie a été député. Lui et sa femme accueillent l’adolescente depuis qu’elle sait que son véritable nom est Ambricourt. Et c’est bien normal car sa mère est emprisonnée dans un quartier de haute sécurité en tant que terroriste !
Vingt ans auparavant, lycéenne brillante, Nathalie a milité activement dans les milieux d’extrême gauche. Devant son incompréhension du monde, elle s’est décidée à agir au sein du groupe Action rouge. L’échec du braquage d’une banque a dissous le groupe. L’une des rares rescapés, Nathalie a vécu vingt années sous une couverture, a refait sa vie, a eu une enfant et a travaillé dans le social. Et puis, l’ennemi de toujours, un flic ripoux, a retrouvé sa trace. Il a enlevé sa fille, la contraignant à se rendre à quelques jours de la prescription. Maintenant, Émilie doit affronter sa nouvelle vie, le regard des autres et les douleurs de sa famille. Et si Jean-Sébastien a un prénom qui lui colle à la peau, il est surtout fin psychologue. Émilie va alors lui raconter son enfance et le drame qui a abouti à l’arrestation de sa mère.
Derrière Action rouge se trouve Action directe. Et une histoire vraie, celle d’Hélène Castel, réfugiée au Mexique et arrêtée quatre jours avant une prescription. Nathalie Ambricourt est un mélange de toutes ces femmes militantes, dont Nathalie Ménigon qui porte le même prénom que cette héroïne invisible. À une époque où l’on montre du doigt les actions des groupuscules d’extrême gauche, Jérôme Leroy, avec un style touchant et reconnaissable, dresse un portrait humain d’une personne qui a sûrement commis des erreurs au nom d’un meilleur idéal de vie, mais qui a avant tout agi et réagi (sans pour autant être à proprement parler responsable de la mort d’autrui). Quand Émilie découvre les pans cachés de la vie de sa mère, quand elle constate également que sa mère n’est pas là pour répondre à ses nombreuses questions, quand enfin elle perçoit tout le désespoir de ses grands-parents face à cette adversité atypique, l’émotion prend le lecteur. Toutes les injustices et tous les ressentis remontent pour former une boule au fond de la gorge. Chacun se sent très proche d’Émilie, qui a bien de la chance d’avoir Jean-Sébastien à ses côtés, car il faut bien admettre que ce garçon est génial. Et c’est ainsi que Jérôme Leroy nous a créé un couple romanesque à tomber !
julien vedrenne
Jérôme Leroy, La Grande Môme, Syros coll. « Rat noir », septembre 2007, 224 p. – 9,00 €.