La Bonne Planque
En l’honneur du quarantième anniversaire de la mort d’un génie comique
Les Éditions Montparnasse ont eu l’excellente idée de commémorer le quarantième anniversaire de la mort de Bourvil en ressortant des archives de la télévision un spectacle à grand succès filmé en 1964, que viennent compléter de brefs entretiens avec des partenaires et des proches de l’acteur, et un CD où se mêlent des chansons et des sketches.
La Bonne Planque est un vaudeville qui ne vaut franchement pas grand-chose en soi, ce qui le rend d’autant plus apte à laisser voir le génie comique de Bourvil : les effets que l’interprète arrive à tirer d’un texte indigent (et par moments piteusement graveleux) sont si riches que c’en est à ne pas en croire ses yeux et ses oreilles.
Écrite pour lui, la pièce lui donne son emploi le plus courant : celui du “cornichon“, du gentil benêt qui risque, en l’occurrence, de devenir la victime d’un gangster et de sa petite amie ; dans ce rôle banal, Bourvil se montre d’une fraîcheur prodigieuse, comme pour prouver qu’il ne saurait jamais nous lasser, et parvient à rendre passionnante une intrigue cousue de fil blanc, par sa seule capacité de jeu toujours surprenant.
Parmi les autres interprètes, sa partenaire “classique“, Pierrette Bruno, est parfaite dans son personnage de ravissante idiote non dénuée de malice, tandis qu’Albert Michel crée un inspecteur cocu d’autant plus drôle qu’il affiche des mines patibulaires. La scène où il écoute Bourvil parler au téléphone avec son supérieur est un morceau d’anthologie en matière de duo comique, chacun des partenaires atteignant le sommet de son brio dans un registre de jeu radicalement différent de celui de l’autre.
Le spectacle dure presque trois heures, et l’on n’est jamais près de souhaiter qu’il s’achève. S’agissant de la seule pièce filmée avec Bourvil, on ne saurait la recommander trop vivement à ses admirateurs comme à tout amateur de comédie.
Les bonus où apparaissent Bourvil lui-même, Pierrette Bruno, Roger Pierre, Danièle Delorme, Gérard Oury, Adamo, Patrick Préjean, Yves Robert et l’un des fils de Bourvil, Dominique Raimbourg, regorgent d’informations intéressantes et de moments touchants. On regrette seulement que la plupart des entretiens soient bien trop courts. Le CD ne contient pratiquement rien d’inédit, mais permet de prolonger le plaisir qu’on a pris au DVD, en restant en compagnie du merveilleux Bourvil pour une heure de plus.
agathe de lastyns
Bourvil, La Bonne Planque, coffret contenant un DVD et un CD, éd. Montparnasse, septembre 2010, 20,00 €