La Belle et les clochards
Un roman distrayant, facile à lire et qui donne à réfléchir sans démontrer. Habile en somme !
Zig et Belle, deux adolescents parisiens, se sont pris d’amitié pour Pipo, un joueur d’orgue de Barbarie qui vit dans la rue avec ses cinq chiens. Un soir Pipo est retrouvé inanimé sur un banc et les chiens ont disparu.
Au départ, on craint le pire : le couple formé par Annabelle, dynamique petite blonde et Jonathan Zigenstein, le grand black décontracté, fils adoptif d’un couple de juifs blancs, paraît bien trop extravagant.
Puis on se laisse embarquer par l’histoire à l’intrigue linéaire et sans réel suspense mais très bien rythmée ; d’autant plus que l’auteur sait créer une atmosphère et faire vivre des personnages secondaires (Rita l’Andalouse, Pat le boxeur, les parents de Zig…) bien plus attachants que nos deux charmants héros qui vont bien sûr mener l’enquête et affronter d’abominables trafiquants de chiens.
L’action se situe dans un Montmartre nocturne et hivernal que Jeanne Faivre d’Arcier semble fort bien connaître et s’achève dans « le château de la fée Carabosse » après une course poursuite en scooter, sur pavés gelés, entre Pigalle et Saint-Denis. Ayant quelque peu trempé sa plume dans l’encre obscure des romans terrifiants (Rouge Flamenco, La Déesse écarlate) et autres contes gothiques pour adultes elle saupoudre, non sans humour, son texte d’allusions à la littérature fantastique.
Enfin, on découvre l’univers de la rue à travers le regard de Zig et Belle, la rue qui n’est pas une école de charité, où même entre clochards (merci à l’auteur de nous épargner le terme déshumanisé de SDF) il y a plus de défiance que de solidarité :
Jusque-là, je croyais qu’il y avait deux univers parallèles qui n’étaient pas destinés à se rencontrer : celui des pauvres, qui naissaient dans la misère et s’y enlisaient ; et celui des gens normaux qui étaient à l’abri du besoin parce qu’ils bénéficiaient d’un bon emploi et d’un appartement confortable. Et voilà qu’en une phrase, l’Andalouse m’apprenait que la frontière entre ces deux mondes était floue et qu’en cas de malchance on risquait de basculer de l’un à l’autre !
Un roman distrayant, facile à lire et qui donne à réfléchir sans démontrer. Habile en somme !
patricia chatel
Jeanne Faivre d’Arcier, La Belle et les clochards, Syros jeunesse, coll. « Souris Noire », 2004, 128 p. – dès 12 ans.
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P.S Jeanne Faivre d’Arcier, La Belle et les clochards, Syros jeunesse, coll. « Souris Noire », 2004, 128 p. – dès 12 ans. |
