Krassinsky &Duval, Les Petits Soldats : T.2 – D’amour et d’eau fraiche – Vents d’Ouest

Krassinsky &Duval, Les Petits Soldats : T.2 – D’amour et d’eau fraiche – Vents d’Ouest

 Peut-on gagner à jouer au petit soldat ?

En cet an de grâce 1872, la Czisletovie est sous la coupe de Sigismond, le tout jeune empereur, un enfant capricieux. La Dalmaszie voisine est sous le joug du gouverneur Bénédikt.Frantz et Friedrich, deux amis, veulent conquérir le cœur de la belle Héloïse Koteva. Mais, la guerre que déclare Sigismond à Bénédikt, son ennemi, va bouleverser leurs vies à tous.
Alors que Friedrich s’engage dans l’armée, Frantz, un poète, cherche à rester en dehors du conflit. Il se retrouve, à son corps défendant, devoir porter un message de Sigismond à Bénédikt. Après avoir traversé un pays ravagé par la guerre, il se fait capturer par l’armée dalmaszienne, mis dans une prison particulièrement insalubre.
Friedrich envoie, depuis le front, des lettres enflammées à Héloïze et gagne son cœur. À Maszovia, Sigismond, sous la contrainte des Empoudrés, ses conseillers, doit choisir la future impératrice. Frantz est sorti de sa prison pour remettre son message. Mais à la lecture de celui-ci le gouverneur entre en colère et veut faire exécuter le messager. Frantz, pour prouver son statut de poète, déclame des vers qui amusent le gouverneur, tant les rimes sont mauvaises. Il devient le bouffon de la cour.
Quand l’armée de Czisletovie attaque la capitale de la Dalmaszie, Bénédikt riposte de façon énergique. Sa victoire est totale. Il décide, cependant, d’en finir. Frantz n’est pas au bout de ses surprises.

 L’ univers décalé crée par Jean-Paul Krassinsky comporte une tonalité baroque et une connaissance aigüe de l’humanité souffrante. Il imagine deux parcours individuels confrontés aux diktats des chefs d’Etats. D’un côté, il dessine la vie quotidienne de deux jeunes hommes qui n’ont d’autre souci que gagner le cœur d’une belle et, de l’autre, il montre comment les décisions de despotes vont influer sur leurs destinées.
Si les deux amis entrent dans une relative normalité, l’auteur décrit deux tyrans à l’opposé l’un de l’autre. On peut s’amuser à chercher qui a pu servir de modèle pour Sigismond, un empereur qui est un enfant, avec des réactions, des envies de son âge. Sa petite taille, sa coiffe sont des indices. Cependant, il est à remarquer qu’une majorité de ceux qui sont affectés d’une taille réduite se redressent, se haussent, ambitionnent des postes de prestige et de pouvoir.
Certains, alors, se comportent comme des enfants gâtés lorsqu’ils accèdent à des niveaux de direction. La conclusion du scénariste, d’ailleurs, va dans ce sens. Mais  celui-ci joue aussi sur un autre registre fort attractif, qu’il vaut mieux de pas révéler pour garder à l’intrigue son effet de surprise. L’intrigue, attrayante et de caractère, est truffée d’humour.

 Julien Delval n’avait, jusqu’à maintenant, approché que l’illustration pour des jeux de rôle et pour des couvertures de romans. Il a ainsi contribué, par ses tableaux, à augmenter les ventes chez Multisim, Mnémos, Pocket, Le Seuil, Fleuve Noir, Bragelonne… C’est sur l’insistance du scénariste, et ami, qu’il se décide à sauter le pas. Au résultat, on ne peut que regretter qu’il ne l’ait pas fait avant. Il croque des personnages étonnants, des décors travaillés, habillés de belle façon par une mise en couleur d’une grande richesse.
Avec Les Petits soldats, les deux créateurs réalisent un diptyque d’une grande beauté tant par le scénario inventif et décalé que par la mise en images. Il faut souhaiter que leur collaboration continue pour nous offrir de tels albums.

serge perraud

Jean-Paul Krassinsky (scénario), Julien Delval (dessin et couleurs), Les Petits Soldats, tome 2 : « D’amour et d’eau fraiche », Vents d’Ouest, coll. Hors Collection, août 2012, 48 p. – 13, 90 €.

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