Karolin Klüppel, Kingdom of Girls

Karolin Klüppel, Kingdom of Girls

Le royaume des femmes

Dans la nouvelle série de Karolin Klüppel surgit une théâtralité particulière qui acquiert un pouvoir physique non de survivance mais de surréalité. Elle est aussi l’interrogation constante des relations entre ce que la culture mondiale impose et ce qu’une culture particulière peut proposer. Les photographies deviennent des puits d’émergence d’une logique où une emprise subtile crée la remise en question fondamentale des notions de culture et de l’image qui en deviennent la porte-empreinte.
Pour atteindre ce but, Karolin Klüppel a passé dix mois entre 2013 et 2015 dans le village Kasi de Mawlynnong : elle en a rapporté des images magiques où la vie, le réel semblent, pour un regardeur occidental, se mêler à l’imaginaire. Néanmoins, l’artiste est avant tout à la recherche d’une photographie pure qui doit autant à son langage qu’à son sujet. Symboliques à leur manière, ces photographies offrent le passage d’une réalité présente à une réalité qui tord bien de nos idées reçues.

Les portraits des filles révèlent la culture matriarcale des indigènes Khasi de l’état indien de Meghalaya. La plus jeune des filles est donnée comme première dans l’ordre de succession. Lorsqu’elle se marie, l’époux va dans la famille de sa femme et les enfants du couple reçoivent le nom de la mère. Dès lors et particularité rarissime : seule la naissance d’une fille garantit la continuité d’un clan.
Dans cette approche des corps féminins, un monde fascinant apparaît là où contrairement aux autres plus belles filles du monde la photographie peut soudain donner plus que ce qu’elle montre. C’est sans doute pourquoi la poésie à l’œuvre dans cette série a toujours quelque chose à « dire » et à dévoiler.

jean-paul gavard-perret

Karolin Klüppel, Kingdom of Girls, Hatje Cantz, Berlin, 2016, 92 p. –  34,00 €.

 

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