Julien Pichené, Carnets de balles
Et si le tennis était un art
Julien Pichené est fou de tennis depuis l’enfance. Il évoque ses souvenirs de téléspectateur de dix ans, les yeux rivés sur son poste de télévision, les meubles écartés pour pouvoir suivre et imiter les courses et les cris de ses idoles des courts. Comme tout petit fan qui se respecte, il collectionne alors les images de ses favoris – les fortes têtes de préférence, les attaquants, les Mc Enroe, Connors, Leconte, Muster ou Safin, qu’il préfère aux trop sages ou trop parfaits Forget, Nadal ou Federer – et tient assidûment un cahier pour chacun des joueurs. Plus tard, il se constitue une collection de vidéos des vieux matches, ceux qu’il était trop jeune pour vivre en direct.
Dans Carnets de balles, ce sont « 250 matches indispensables » qu’il passe au crible, de 1968 à nos jours, la date de début correspondant à l’entrée du tennis dans l’ère Open.
Mais il ne s’agit pas d’un énième recueil de descriptifs de matches de légende. Pichené a choisi une forme plus ludique, plus variée, pour présenter ses carnets d’enfance : des anecdotes, des dialogues ou des lettres imaginaires, des transcriptions d’entretiens ou de commentaires, et même quelques unes des fameuses « critiques de matches » que Serge Daney écrivit dès les années 80 pour le journal Libération.
Tout cela pour reconstituer comme si vous y étiez les matches les plus incroyables, revivre des échanges inoubliables, des coups de gueule entrés dans l’histoire, profiter de bruits de couloir inédits.

De quarante ans de tennis, De Laver à Federer en passant par Mc Enroe, rien n’est oublié, tout est minutieusement présenté. Mémoire d’éléphant ou visionnages d’archives, la somme de travail est considérable, et l’idée de s’écarter de la lecture habituelle, purement journalistique et technique, est salutaire.
Une démarche singulière qui mérite le détour, ne serait-ce que pour le plaisir toujours renouvelé de redécouvrir sous cette facette quelques inoubliables : la victoire de Lendl sur Mc Enroe en finale de Roland Garros en 1984, « chef-d’œuvre absolu » ; l’improbable service à la cuillère de Chang face à un Lendl incrédule en 1989 ; le fair-play de Mats Wilander en demi-finale de Roland Garros face à José Luis Clerc en 1982 ; les facéties et les disqualifications de l’incontrôlable Ilie Nastase ; la victoire de la France en Coupe Davis face aux Etats-Unis en 1991 ; les « hiiiiiiiiiiiiiiiii » et les « haaaaaaaaaaa » de Monica Seles, etc.
L’ouvrage est dynamique, comme les joueurs mis en exergue sont atypiques et vivants. Il faudra désormais compter avec ces Carnets dans le monde de la petite balle jaune.
a. de lastyns
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Julien Pichené, Carnets de balles, préface de Patrice Dominguez, Publibook, mai 2010, 480 p.- 25,00 € |
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