Julien Boutreux, Neurones miroirs
D’outre, il tombe
Julien Boutreux crée le recueil du questionnement et de l’incertain. C’’est de l’autre qu’il s’agit, de cet autre sans lequel le « je » ne pourrait se dire, la quête de l’identité serait rendue vaine, de cet autre avec lequel nous pourrions entrer en résonance, dont nous pourrions connaître les émotions.
Mais reste à savoir ce qui se passe. D’autant que du « je » et de son « autre » cela ne semble dire plus – ou peu – rien. Boutreux cependant évite le pathos et les colorations. Son écriture blanche reste entre envie de vivre et de mourir (enfin presque). Et si son tout est un rien, voire ce qu’il n’est pas, l’auteur parle dans son si je suis.
Il reste indentifiable dans son existence. Mais dans la « magie » d’un tel texte, où quelque chose ou quelqu’un ne répond plus (à rien, à tout), jaillit « de » la langue. Quelque chose se répand sans répondre. Figure démontée dans le vide. Et le supportant.
Boutreux – plein non de quelqu’un (pas même de lui) mais de personne – lutte entre épuisement et résurrection où semble poindre une forme d’immortalité dans la vie mais déjà trop longue vers la fin. Cela traduit sans doute la volonté d’un auteur qui à la fois creuse son trou et réchauffe de néant l’âtre de l’être. Ce dernier est même plus grand que ses cendres.
Parfois, son corps et son moi semblent écrasés comme au Caterpillar (ses chenilles au fer luisant par les mots). En ce sens, la poésie fait encore miroir entre l’horreur et l’extase. Finis parfois les beaux chemins de croire, fini d’attendre – enfin ou en fin. Quitte à n’être qu’un marteau. Sans maître. Toujours refusé. Peut-être attendu. Mais à la fin, il Il n’y a ni clou, ni marteau, ni victime, ni bourreau.
D’où cette recherche et attente. Elle recule. Peu à peu, l’auteur patauge en son identité avant d’affirmer et signer se sentir bien sous les années de plombs et les miroirs sans teint des neurones. Ceux-ci peuvent dire et monter en une telle désobéissance larvée. Elle reste celle non des lâches et du renoncement.
jean-paul gavard-perret
Julien Boutreux, Neurones miroirs, Polder, 207, Editions Décharge, 2025, 54 p. – 7,00 €.