Juan Gimenez (dessin et scénario), Le quatrième pouvoir – Tome 2 : « Meurtes sur Aniplona »
Un thriller d’anticipation radieux, qui saisit par la puissance de son dessin et de son intrigue.
Dès le premier volume, paru en 1989, Gimenez porte un regard neuf sur l’univers de la S.F. Des cadrages déroutants, des lignes dynamiques, un dessin saisissant, une grande virtuosité du trait et des couleurs servaient un album entremêlant mystère, lyrisme et délires créatifs. Exether Mega, pilote d’un vaisseau militaire lors d’une guerre opposant humains et Krommiums, était soumise à une expérience prométhéenne postmoderne visant à créer l’arme absolue. La réunion de quatre cervaux permettait d’obtenir une créature aux pouvoirs terrifiants, le QB4, et dont Exether était le Quatrième pouvoir. Comme toute bonne créature, elle échappait rapidement au contrôle de ses maîtres.
Dans ce deuxième volume, dont l’action se situe une dizaine d’années plus tard, le motif de la guerre universel cède la place à une séduisante course-poursuite mêlant différents personnages et intrigues, dominée par la passion sous toutes ses formes. Antiplona est une planète-loisirs, où les jeux sont cruels ou simplement fort étranges. Comme cette érotique magicienne, « Supreme Power », aux tours stupéfiants, et en laquelle Iron Ferr croit reconnaître sa coéquipière, Gal, déclarée morte en mission dans l’espace. Elle serait simplement devenue un nouveau vaisseau charnel pour le QB4. Malheureusement, il n’est pas le seul à sa recherche… Une terrible bataille l’opposera à des émissaires de ses anciens maîtres, à des mafieux locaux et aux forces de la police.
Le dessin est toujours aussi lyrique, alliant la froideur du métal et celle des étoiles, dessin à la pâte puissante et maîtrisée où alternent des zooms saisissants sur des visages et images pleines de dynamisme. L’univers futuriste fourmille de trouvailles ; s’en dégage la vision d’un univers corrompu, régenté par la mafia, où règnent des loisirs cruels. Les ressorts de l’intrigue évitent le cliché par l’entrecroisement de diverses aventures et par la maîtrise des péripéties, où l’émotion n’est jamais en reste.
samuel vigier
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Juan Gimenez (dessin et scénario), Le quatrième pouvoir – Tome 2 : « Meurtes sur Aniplona », Les Humanoïdes Associés, 2004, 64 p. couleur – 12,60 €. |
