John Porcellino, Moon lake trails
En petites saynètes de quelques pages, l’auteur renoue avec l’enfant qui est en lui.
Un enfant, un adolescent, se dessine en noir et blanc, au trait de feutre, sur les pages de ce livre-BD. John Porcellinoest tous les garçons de son âge, il réinvente les secrets de l’enfance et l’on suit ses humeurs avec attendrissement.
En petites saynètes de quelques pages, l’auteur renoue avec l’enfant qui est en lui. Les souvenirs enfouis, les secrets de l’âme d’un adolescent tourmenté qui se pose mille questions sur le monde qui l’entoure, sur les filles, sur les gens, tout simplement.
Et lui, lui au milieu d’un univers parfois abstrait, parfois déroutant.
Son personnage y répond avec beaucoup de tendresse, une sorte de philosophie du moins pire, un retrait comme une forme de timidité. On retrouve aussi des ambiances propres aux pays anglo-saxons et un humour à froid qui perce au travers des boutades, des références de ces jeunes Américains désœuvrés.
De Chicago à Denver, il y décrit son univers quotidien, ses rêveries et ses débuts d’amitié, ses escapades et ses contemplations. Car John est un adolescent qui porte en lui une forme de philosophie, une forme d’émerveillement et de lassitude aussi. Cette lente passivité qui finalement, accorde à l’expérience l’espace qui lui suffit pour exister.
Rien n’est moins anodin pourtant, car ces images offrent un voyage dans le temps à tout lecteur qui s’en approche. Un peu dérouté par le dessin naïf autant que synthétique, on poursuit cependant avec l’espoir de s’y retrouver à peu près. L’espace d’un instant on croit voir un dessin d’enfant mais très vite l’épure et la finesse émerveillée de ces paysages imaginés immergent dans l’univers de Porcellino ; et cela n’a rien d’enfantin, au contraire, le dessin est fluide et dense, il poursuit un cheminement intérieur qui absorbe.
Bientôt, l’on est emporté par cette forme d’identification affectueuse du lecteur pour le personnage qu’il voit évoluer doucement au fil des pages – et le dessin, le style, lui deviennent familiers.
La bande dessinée a cela de merveilleux de pouvoir fixer davantage encore que le texte un imaginaire foisonnant d’images.
Et, c’est drôle, presque impressionnant, de voir à quel point on ressemble tous un peu à John. Il y a une forme de vacuité de l’adolescence, un vide qui se ressent avant même de vouloir être comblé par l’expérience.
Cette sélection d’histoires autobiographiques déjà parues dans les comics King-Cat ou King-Cat Classix auto-publiées par l’auteur depuis 1989, se révèle parfaitement cohérente et judicieuse. Quelle que soit la séquence choisie, on s’y retrouve, on retrouve les repères, on s’immerge avec le même bonheur dans cette fresque de l’adolescence où l’on était, aussi, cet adulte flottant
karol letourneux
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John Porcellino, Moon lake trails, Éditions ego comme X, octobre 2005, 192 p. – 22,00 €. |
