Joanna Mico & Stéphanie Chaillou, Hypothèses
Le texte de Joanna Mico et les encres de Stéphanie Chaillou se répondent en jouant de la transparence du support. Les deux possèdent moins une fonction de nomination que de révélation. Dans leurs « passes », le secret est donc incarcéré mais libre. Il trouve soudain de l’existence car Joanna Mico remonte vers lui dans l’épreuve du temps avec ce que son écriture contient de pulsionnel. Quand aux encres, elles filent entre ses mailles et les soulignent.
Le livre devient l’appel à une forme de complémentarité. Il actualise deux possibles, les transforme par osmose. Joanna Mico ne se prend pas pour une fabricante de vérités mais ses textes créent une marée montante. Celle-ci ne recouvre pas mais perce. Elle percute la nuit de l’être quand même le cri n’est plus possible. Stries, nappes, lignes : soudain, la coque du scarabée éclate. Son œuf aussi au moment où les encres s’emparent des surfaces mais sans engloutir le texte pour aller plus profond, au réel inconnu par effet de ponts suspendus au-dessus du vide.
S‘inscrit le corps rappelé à l’existence par delà les frontières. Demeure un nécessaire vertige : se faire, se défaire au milieu des remous. Surgissent le flot, le tremblement, une combustion intime, une adhérence étroite à ce qu’il en est de soi. Il y a un arrêt, un verdict circonstancié, l’axe violent d’une œuvre double qui nous dit : « vois » et qui nous prend aux tripes dans son abstraction. Elle n’est plus une manière de détourner du monde mais de plonger dedans.
jean-paul gavard-perret
Joanna Mico & Stéphanie Chaillou, Hypothèses, Editions Isabelle Sauvage, coll. « Avec les mêmes mots », 2015.