Jean Zéboulon, Bestiaire pour les jours de cafard & Objets pour les nuits sans lune
N’est pas surréaliste belge ou Lacan qui le croit. Il arrive que, lorsque l’âne rit, il n’émette que des bêtises. Le jeu des mots est plus compliqué qu’il n’y paraît surtout lorsqu’il veut faire sens. Jean Zéboulon, en feignant de prendre la mouche face au nonsensique rate le coche. Au plus, il est « poetomane » de bas étiage en croyant épingler des animaux malades de sa peste : « Le détective avançait à pas de LOUPE » ou « Le HERISSON est plus piquant que la harissa » restent des formulations de basse engeance. N’existe aucune fluidité dans la déréalisation du sens. Reste un soupir glissant autour de rien. On est loin des Emanations, explosions que surent fomenter en leur temps les surréalistes belges.
Contre l’asphyxie des langues que l’usage communautaire pollue, la poésie de Zéboulon n’offre aucune respiration libératrice. Ce qui est désaccordé, déformé n’informe en rien ici sur le monde ou sur la langue. Les émissions restent lettres mortes. La rumeur de l’inconscient ne sort pas de sa frontière. Pas plus que n’est atomisée la matière des mots. Il n’existe aucun gai savoir un peu cruel capable de faire tomber les illusions idéologiques ou épistémologiques.
Rien n’existe pour casser l’euphorie du liant unanime qui colore l’habituel discours poétique. Zéboulon n’offre aucune proposition fabuleuse d’une victoire sur le langage. L’auteur veut faire tourner les formes mais que font-elles sinon tourner en rond ? Une affirmation telle que « les CYGNES d’étang ne soient guère le reflet de l’époque où nous vivons » n’est qu’un artifice rhétorique sans le moindre écho.
Pour faire frotter la langue, il vaudra mieux se reporter à Novarina ou Prigent qu’à cet accordeur de pianos dont le buffet est vide. Les deux livres sont bien loin de ceux qui creusent en leur espace des débats avec la langue. Se croyant résolument méta-poétiques mais n’étant qu’auto-engendrées, de telles plaisanteries de derrière les fagots ne feront même pas rire le moindre bûcheron.
Zéboulon reste un poète fort éloigné de tous « Ceux qui merdRent » dont parle Prigent. Tout reste ici téléphoné, affecté en des oeuvres où se produit « le coup de torchon dans la compassée nature poétique » (Verheggen). A oublier.
jean-paul gavard-perret
Jean Zéboulon, Bestiaire pour les jours de cafard & Objets pour les nuits sans lune, La Table Ronde, 2016, les deux : 216 p. – 14,00 €.