Jean Rault, Portraits du monde flottant (exposition)
Jean Rault fait bien la différence entre deux formes du nu que l’anglais décompose en naked et nude. Il se range du côté du premier terme car le second reporte dit-il « à l’académisme, au goût convenu et décadent d’une époque« . Le photographe transforme le corps en visage afin qu’il exprime chez la femme la conscience de se voir elle-même dans le secret ou de se faire voir en s’abandonnant à une indiscrétion mise au point à la fois par elle-même et le photographe.
Ses Portraits du monde flottant rassemblent et font alterner des femmes saisies en des lieux luxueux et privés telles des « belles de nuit », des Sumos sont photographiés en à l’entraînement près de Tokyo, des paraplégiques faisant des courses en fauteuils roulants à Kyoto etc. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l’atrophie, l’immobilisation.
Le style est dégagé de la nature par l’élaboration d’une scénographie. Les structures naturelles du corps ne coïncident pas avec les points de repères émotifs que l’artiste saisit sur les seins, le ventre, la chute de reins ou quelles que que soient les attitudes de la femme en mouvement, au repos, à la renverse ou recroquevillée. Rault parvient ainsi à figurer par le nu un « dehors » légendaire, et un « dedans » imaginatif en dévoilant un espace clos et qui le demeure.
jean-paul gavard-perret
Jean Rault, Portraits du monde flottant, à la Chapelle Saint-Julien à Petit-Quevilly, janvier 2018.