Jean-Pierre Marielle, Le grand n’importe quoi
Ce joyeux bazar est un régal
Les mémoires d’Untel ne sont pas toujours d’un intérêt particulier, même celle de l’un de nos tout meilleurs comédiens. Sauf si. Sauf si elles sont lues – donc interprétées – par lui-même ; et cela, aucun livre ne pourrait vous en donner la saveur délicieusement suave de cette voix de velours rocailleux, si chaude et si particulière. Or, voilà que la technologie nous offre désormais ce plaisir rare, donc pourquoi s’en priver ?
En effet, l’apparition récente du livre lu, mise en pratique à l’origine pour palier un manque auprès des personnes ayant des problèmes de vue (lesquelles peuvent désormais se rabattre également sur l’iPad et autres tablettes électroniques qui offrent tous les possibles dans la gestion de la taille des caractères), toute une technique qui ne serait rien sans l’apport de la voix du comédien. Et c’est bien dans ce registre que ce livre lu vaut le détour.
Si certaines anecdotes narrées par Jean-Pierre Marielle ne sont pas toutes truculentes, sa seule voix fait que l’on est transporté. D’autant que l’on sait que l’homme n’est pas immortel, alors on se dit que l’on a pu ainsi préserver un petit bout de lui près de nous, et que l’on pourra à loisir, réécouter cet homme hors normes nous raconter ses débuts, ses amitiés, ses pitreries (s’est amusé avec Belmondo une fois à totalement réorganiser le mobilier d’un hôtel)…
Né en 1932 à Dijon, Jean-Pierre Marielle, après avoir envisagé des études de littératures, entre au Conservatoire, où il obtient le second prix de comédie en 1954. S’il garde un goût profond pour le théâtre, qui lui a valu un Molière du meilleur comédien en 1994 pour son interprétation de Max dans Le Retour, d’Arnold Pinter, c’est le cinéma qui fait de lui, à partir des années 1970, un acteur de référence.
Plus de cent titres à son actif, des films grand public – La Valise, Les Galettes de Pont-Aven – et les films d’auteurs – Tous les matins du monde, La Controverse de Valladolid, Les Âmes grises (adapté du roman de Philippe Claudel) – mais aussi de grands rôles comiques et dramatiques dans lesquels il fut magistral !
Il est, à juste titre, considéré comme l’un des monstres sacrés du cinéma français…
Dans ce livre audio (qui paraît simultanément avec sa version papier publiée chez Calmann-Lévy), Marielle tisse sa toile de galopin, non pas dans l’ordre chronologique d’un temps qui passe toujours trop vite, mais en s’amusant d’une norme alphabétique qui lui permet, en quelque sorte, de passer du coq à l’âne, ce qu’il fait le mieux, jouant des émotions comme des coups de gueule…
Ce joyeux bazar est un régal, les bons mots font face aux traits d’esprits, aux anecdotes savoureuses comme aux remarques les plus cinglantes, démontrant combien notre homme et conscient de vivre dans un drôle de monde. Mais son humour décapant nous fait bien vite oublier la morosité ambiante. Un CD pour s’évader en compagnie d’un gentleman.
Chapeau bas, monsieur Marielle !
la redaction
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Jean-Pierre Marielle, Le grand n’importe quoi, Audiolib, septembre 2010, 3h50, 1 CD MP3 – 421 Mo, 19,00 € |
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