Jean-Pierre Burgart, Peindre

Jean-Pierre Burgart, Peindre

L’objet du désir

Jean-Pierre Burgart, fils unique de l’actrice Orane Demazis, est un écrivain et un peintre figuratif qui n’a pas encore trouvé sa juste place, ce qui est une sorte de scandale.
Sauf bien sûr  si l’on estime qu’il faille appartenir à une école pour avoir un blason de noblesse esthétique.
Après de lycée Louis-le-Grand, Jean-Pierre Burgart entre à Normale sup, fréquente la famille de Francis Ponge qui deviendra un de ses inspirateurs. A Paris Match, il croise Alexandre Vialatte puis fait une carrière à la RTF puis à l’ORTF où il permet à Roberto Rossellini de réaliser « La prise de pouvoir par Louis XIV ».

Parallèlement, dès la fin des années cinquante, il participe à des éditions d’art (notamment de Jean Hélion) et publie ses premiers poèmes. Il contribue à de nombreuses revues de peinture ou de littérature, se charge de traduire Paul Celan pour l’édition publiée par André du Bouchet, et de 1974 et 1986 anime avec Daniel Blanchard, Isabelle Auricoste et Hubert Tonka la revue d’art méconnue « Liasse ».
Progressivement, il est de plus en plus pris par la peinture mais c’est seulement à la fin de sa soixantaine qu’il expose pour la première fois en solo.

Son livre Peindre est un petit chez d’oeuvre de clarté et de pertinence. Il devrait faire partie du vade-mecum de qui veut devenir peindre ou fait le projet d’en parler. Abondamment illustré, il permet aussi de découvrir le travail d’un artiste qui, d’une certaine manière proche de ceux qu’on nomma « les nouveaux réalistes », ne fut jamais inféodé à la moindre bande.
A cela une raison majeure qui trouve bien des éclaircissements dans son livre. Pour lui, si la figuration revient à transformer l’objet en peinture, celle-ci devient tout autant sa figuration. Si bien que la peinture appartient autant à ce domaine qu’à celui de l’abstraction. Ajoutons que pour lui l’objet de la peinture n’est pas de donner un sens mais de s’y perdre.

Jean-Pierre Burgart reste donc au dévers des « peintres penseurs » et il revendique une picturalité magnétique dont la « ressemblance » n’est plus miroir mais mimesis. Son approche crée un sentiment de réalité qui est moins du nom à la chose mais à l’art lui-même.
Le tout ancré dans une question infinie dont la peinture est indissociable, à savoir la « relation énigmatique » à quelque chose d’extérieur dont elle est le signe en sa matérialité même et sa transfiguration, là où aucun sens ne cherche à en exclure un autre.

jean-paul gavard-perret

Jean-Pierre Burgart, Peindre, Sens et Tonka, Paris, août 2022, 84 p.

3 réflexions sur « Jean-Pierre Burgart, Peindre »

  1. J’aimerais beaucoup joindre Jean-Pierre Burgart que j’ai connu il y a si longtemps chez Jacquelineïï et Jean Helion. J’étais la petite amie de Clovis, le fils de Jacqueline.
    Avoir un contact avec Jean-Pierre pour lequel j’avais beaucoup d’amitié, ce dont je ne suis pas sûre qu’il se soit rendu compte à l’époque, serait pour moi une véritable joie.

    1. Merci, Jean-Paul d’avoir eu la gentillesse de répondre.
      Avec l’exposition au MAM des peintures de Jean Helion qu’il a donc bien connu je me disais que peut-être……
      En tous cas, je vais acheter le livre Peindre, votre article donne tres envie de le lire.
      Laurence Blondin

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