Jean-Philippe Cazier, Claude Favre & Frank Smith, C’est ce que l’on désire

Jean-Philippe Cazier, Claude Favre & Frank Smith, C’est ce que l’on désire

Le livre se compose en commun d’un texte en fragments de paroles avec des suites de signes assemblés dans les marges ou des traits d’union entre qui et quoi. Trois voix s’additionnent, s’engrossent en refusant de devenir un pictogramme de l’incohérence mais pour que s’autogénèrent les textes : non pour faire un amas mais une matière qui s’érode dans une telle campagne – pas forcément promotionnelle des trois egos : ils dépassent leurs histoires ou les travaillent par deux voisins et leur langue.
Le sens de la poésie se dépasse car elle se crée autour de celles des deux autres – voire, dans ses failles, ses déchirures ses morceaux phonétiques. Le tout en une opération – entendons ouverture en assauts, sursauts par saccade et scansions dont le sens unique s’étiole ou se ressource dans une telle inavouable communauté. Les trois sacripants s’y agitent dans l’entremêlement des écritures dans ce qui devient leur propre désir.

L’auteur dieu est, sinon exclus, du moins remisé par-dessous et dans l’avènement progressif de ce désir du plaisir de l’écriture à sa propre recherche, sans se soucier de théorie. Restent un élan et un écoulement car rien ne s’achève vraiment : écrire à trois reste un suspens mais il n’a plus rien de « sinistre » (Mallarmé).

Demeurent les pierres d’achoppements, des appels sans forcement de réponses quand le texte devient horizon babélique. Au lecteur de trouver dans ces canyons un sens, une langue, sa lumière ou sa nuit. Se construit néanmoins le rêve du poème en commun, dans la langue des autres et accessoirement du sien au sein de cette fraternité poétique.

jean-paul gavard-perret

Jean-Philippe Cazier, Claude Favre & Frank Smith, C’est ce que l’on désire, éditions LansKine, 2024, 144 p. – 12,00 €.

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